
A
26 ans, Robert Surcouf entre dans la Légende...
La prise du Kent
"Voile à tribord !
»
« Est-il gros ? quel pavillon bat-il ?»
« Très gros ! Cest un Anglais ! un vaisseau de la Compagnie
des Indes ! il semble lourdement chargé!"
C'est
ainsi que discutent la vigie juchée tout en haut du mat et le capitaine
du navire la Confiance.Nous sommes en 1800, le 31 août très
exactement, au large de Calcutta dans lOcéan Indien à
plus de 95 jours de mer de Saint Malo et de la France, en plein territoire
anglais.
La Confiance bat pavillon français, elle compte 130 hommes déquipage
et 6 petits canons.
Son commandant s'appelle Robert Surcouf, il a 26 ans et il court les mers
depuis lâge de 15 ans; il a un caractère terrible,
adore le danger et cherche laventure par tous les moyens.
Il est activement recherché dans les mers par les Anglais car il
gêne par ses actes courageux le commerce entre les Indes et l'Angleterre.
Ce jeune corsaire, en effet, depuis quelques années, ne cesse d'attaquer
les navires anglais qui reviennent vers l'Angleterre les cales chargées
de richesses en tout genre: or, épices, nourriture... Surcouf est
devenu un véritable Robin des Bois des mers puisqu'il vole aux
Anglais la nourriture pour la redistribuer dans l'île Bourbon (
île de la Réunion) où il habite et où menace
la famine.
Depuis la Révolution Française, la France et l'Angleterre
sont encore en guerre.
Dans les lointaines colonies françaises, les Anglais ont décidé
d'encercler avec leurs bateaux les îles françaises afin d'empêcher
les Français de faire du commerce.
On compte sur le courageux Surcouf pour se rendre dans les îles
voisines de l'île Bourbon afin de trouver du ravitaillement; mais
trouvant plus pratique de s'attaquer directement à la marine de
commerce anglaise chargée de victuailles en tout genre, Surcouf
vole de victoires en victoires ne cessant de harceler les Anglais.
Ces actes de piraterie finissent par menacer sérieusement le commerce
britannique, la France fière de son corsaire jubile.
La couronne britannique donne alors des ordres pour attraper le corsaire
français.
C'est alors que l'aventure de la prise du Kent commence...
Imaginant les cales du navire anglais remplies de riz, de bois précieux,
de soie et dépices, Surcouf a les yeux qui brillent de joie
; malgré la taille et la puissance du vaisseau, il ordonne :
« Cap sur lAnglais ! faites forcer la voile ! les hommes
à leurs postes de combat ! »
Les hommes n'ont d'ailleurs pas le choix, le bateau Anglais a reconnu
le bateau de Surcouf et fonce vers lui pour l'écraser.
Tirant sa longue vue de son épais ceinturon, Surcouf déchiffre
le nom du bateau. Cest le Kent un énorme vaisseau de la Compagnie
des Indes armé pour la guerre.
Les hommes de Surcouf courent s'armer pour l'abordage, chacun glisse dans
sa ceinture une hache, un sabre et un poignard avant de saisir des lances,
des pistolets ou des gourdins.
Certains tiennent même un couteau entre les dents. Ainsi fortement
armés, ils sont terrifiants...Au même moment un coup de canon
part de l'avant du Kent; c'est le coup de semonce.
Lénorme navire de commerce anglais nintimide pas les
hommes de Surcouf. Ceux-ci ont une confiance aveugle dans leur capitaine
; ils le connaissent et admirent son courage et son intelligence à
toute épreuve.La petite Confiance s'élance alors vers l'énorme Kent,
celui ci, sûr de sa puissance, fonce vers le petit navire dans l'espoir
de le couler... mais la manoeuvre n'a pas fonctionné : au lieu
d'entendre un craquement sinistre et de voir les débris du bateau
joncher la mer, les Anglais ont la stupéfaction de voir les ennemis
monter à bord en hurlant : "à l'abordage !!"
Le premier à prendre pied sur le vaisseau est un Noir nommé
Bambou. Armé simplement d'une hache et d'un pistolet il s'est jeté
du haut du grand mat au beau milieu des Anglais qui saisis de frayeur
le laissent se frayer un sanglant passage à travers les matelots.
Les Anglais sont affolés.
Robert Surcouf se jette à son tour dans la mêlée;
La bataille fait rage: on entend les détonations des canons, des
pistolets, les cliquetis des sabres et des épées, le coup
sourd des haches, et les cris des combattants .
C'est une pagaille indescriptible, mais notre héros continue à
donner des ordres tout en bataillant "tirez les grenades ! donnez
du canon!". Soudain, le capitaine anglais s'effondre touché
par une grenade.
Il ne verra pas son pavillon tomber aux mains des Français...
Surcouf, lui, a tout vu "le capitaine anglais est tué! le
navire est à nous ! pas de quartier!"
Les Anglais fuient sous le pont poursuivis par les Français qui
s'empressent de fermer les panneaux sur eux.
Mais le Second anglais, voyant la bataille perdue tente le tout pour le
tout, il se précipite vers Surcouf dans l'espoir de le tuer; heureusement,
Bambou est là et d'un coup de lance, transperce l'Anglais.
"le Kent est à nous ! Vive la France ! Vive la Nation !"
Bambou est acclamé par les corsaires français, et sera plus
tard porté en triomphe pour son courage.
Le lendemain, les deux bateaux mettent cap sur Ceylan, le débarquement
des corsaires est un triomphe pour la population française surtout
quand, en déchargeant le Kent, on y découvre un véritable
trésor : de l'or et de l'argent en barre, des pierres précieuses
magnifiques....
Le 31 du mois d'août...
Laudace et la férocité de Surcouf nhésitant
pas à attaquer un tel bateau est connue de tous.
Sa renommée va sétendre des mers aux océans
jusqu'en Angleterre et fera trembler de peur les marins anglais. Afin
que tous se souviennent de cet exploit extraordinaire, les matelots composent
une chanson.
Désormais, quand les Anglais verront apparaître les voiles
du Corsaire Malouin, nombreux seront ceux qui se rendront sans même
livrer bataille
La couronne d'Angleterre, furieuse et déconfite,
met la tête de Surcouf à plus de 5 millions de francs...
"Ils me prisent bien haut mais ils ne m'ont pas encore..." dira
Surcouf en apprenant la nouvelle.
La légende de Surcouf commence...