Saint Louis

La dernière Croisade

 

Louis avait plus de 50 ans et ses pensées ne quittaient pas l'Orient d'où lui venaient des nouvelles atroces. Dans la seule ville d'Antioche en Syrie, les Musulmans avaient égorgé 17 000 hommes et 100 000 autres étaient réduits à l'esclavage !

Saint Louis était partagé entre son devoir de roi de France qui lui commandait de rester en France pour gouverner avec sagesse, et son devoir de Chrétien qui lui commandait de secourir les chrétiens d'occident et de libérer la Terre Sainte. La septième croisade s'était terminée par un échec retentissant et Louis avait le sentiment de ne pas avoir terminé son travail. Malgré l'avis de tous ses conseillers, il écrivit au Pape pour lui faire part de sa volonté de reprendre la Croix. Mais le goût pour les croisades avaient bien évolué. L'échec de la dernière croisade, les terribles maladies ramenées d'Orient et la chaleur suffocante de ces pays que les premiers croisés croyaient être le Royaume des Mille et une Nuits firent que malgré la grande peine des massacres d'Antioche personne ne se décida à partir. Le coeur n'y était plus.

Le Pape en recevant la lettre du roi de France essaya même de le dissuader d'entreprendre à nouveau une aventure aussi périlleuse. Le vieux roi était devenu très faible et avait beaucoup de mal à tenir de longues heures à cheval. C'était de l'avis de tous une pure folie de vouloir repartir! Mais Louis ne voulut rien entendre.
Le 25 Mai 1567 il convoqua ses barons autour de lui dans la Sainte Chapelle qui abritait la sainte couronne d'épines du Christ. Là devant tous, il revêtit sa tenus de croisé sur laquelle était cousue une croix, ses frères et ses trois fils aînés firent de même. Les barons étaient quant à eux pétrifiés... ils savaient bien où était leur devoir d'obéissance au roi mais personne ne voulait partir!

Finalement Louis parvint à persuader ses meilleurs barons de l'accompagner. Eux mêmes firent appel à leurs vassaux et bientôt la grande armée se mit en marche. Comme par le passé, elle parvint à Aigues Mortes et s'embarqua pour la terre Sainte. Il y eut tout de suite de grands malades sur les bateaux et il fut décidé de faire escale pour les laisser se reposer avant de reprendre la mer. Mais où s'arrêter? Chypre était très loin et la Sardaigne était une terre ennemie. Louis décida alors de s'arrêter chez son frère Charles d'Anjou qui était devenu roi de Sicile. Charles se croisa à nouveau pour accompagner son frère et voulut profiter de la croisade pour combattre les pirates musulmans qui faisaient souvent des razzias sur ses côtes apportant avec eux ruine et désolation. Ces pirates étaient un véritable fléau pour le petit royaume sicilien; sitôt leur méfaits commis ils partaient se réfugier sur la cote découpée de la Tunisie. Pour faire plaisir à son frère, Louis accepta de se rendre d'abord en Tunisie combattre les pirates.
Il serait ensuite temps, depuis la Tunisie, de se rendre en Terre Sainte pensait-il.

L'armée de Saint Louis parvint à débarquer non loin de Tunis et s'empara du château de Carthage où elle s'installa. Il faisait une chaleur étouffante en ce mois de juillet là. L'endroit était austère, sans un arbre ni un coin d'ombre, les citernes d'eau presque à sec grouillaient d'insectes rebutants et les alentours étaient marécageux et malsains. L'armée anéantie de chaleur ne trouvait du repos qu'entre les épais murs du château fort. Elle était incapable de sortir sous le soleil brûlant. Pensez donc, toutes ces armures, ces heaumes et ces cotes de maille en métal...

En moins d'une semaine la peste se déclara dans le château. En quelques jours elle emporta dans la tombe le légat du Pape et un des frères de Saint Louis. Les soldats étaient en si piteux état qu'il leur était impossible de sortir enterrer leurs morts. Bientôt le jeune Jean Tristan, le fils de Saint Louis né en Terre Sainte, fut à son tour emporté par la terrible maladie.
Lorsque Saint Louis apprit l'affreuse nouvelle, il se sentit à son tour perdu. Sa trop grande faiblesse ne lui permettait pas de combattre efficacement contre la maladie. Malgré tout il continua à donner des ordres et à remplir ses fonctions royales. Mais lorsqu'il se sentit si faible qu'il ne put plus sortir de son lit, il fit appeler son fils Philippe qui devait lui succéder. Le jeune garçon se présenta à lui en pleurs. Mais Louis le consola et lui donna ses instructions pour devenir un grand roi "Aime Dieu de tout ton coeur" lui dit il. "Si Dieu t'envoie l'adversité, souffre le en bonne grâce et pense que tu l'as mérité; s'il te donne la prospérité n'en tire pas orgueil...."

Puis, comme il sentait que ses forces allaient disparaître, le vieux roi commanda qu'on lui apporte une chemise de lin grossier et ainsi vêtu de la chemise des pénitents il demanda à être couché sur le sol sur un lit de cendres - c'était ainsi que de nombreux rois catholiques faisaient en ce temps là car c'était une façon de se rappeler qu'ils étaient appelés à disparaître comme de la cendre. Puis ainsi installé, le roi tendit ses bras en croix et la tête dirigée vers Jérusalem, cette ville qu'il n'avait pas su reprendre aux Musulmans il expira.
C'était le 25 août 1270.

Ainsi se termina la huitième et dernière Croisade de l'Histoire.

Les restes du grand roi furent transportés en Sicile puis à l'abbaye de Saint Denis où il rejoignit la nécropole de ses ancêtres.

 

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