Saint Louis

Le roi de France prisonnier !

 

Louis IX a reçu de sa mère Blanche de Castille, que vous connaissez bien maintenant, une éducation très chrétienne. C'est un jeune homme profondément pieux qui dans tous ses actes essaye de se comporter en vrai chrétien œuvrant pour le bien de ses sujets. La question des Croisades est une chose qui lui tient particulièrement à coeur car il souffre de savoir Jérusalem, la ville Sainte, aux mains des Musulmans. C'est ainsi que le 25 août 1248 il prit la mer à Aigues Mortes, petit port spécialement construit pour cette occasion à la tête de 38 gros vaisseaux de guerre. Il amène avec lui sa femme Marguerite et ses deux frères Charles d'Anjou et Robert d'Artois et laisse son royaume ainsi que ses trois premiers enfants à la garde de sa mère qui assurera brillamment la régence jusqu'à sa mort.

La flotte se rendit d'abord à Chypre où les croisés devaient tous se retrouver avant de débarquer en Terre Sainte. Celle-ci était alors aux mains du Sultan d'Égypte. Le 4 Juin Saint Louis et ses Croisés se trouvèrent en face de Damiette qu'ils décidèrent de prendre. De là, pensaient-ils, il serait aisé de traverser le Nil et d'attaquer le Sultan. La prise de Damiette fut un véritable succès, les Croisés ne rencontrèrent pratiquement aucune résistance car les habitants épouvantés avaient fui dans la campagne.

Cette victoire laissait en augurer de plus belles encore ! Encouragés et galvanisés par cette première victoire, la Croisade se dirigea vers l'Egypte mais il fallait d'abord traverser le Nil qui à cet endroit là formait un delta marécageux avec de nombreux bras de rivière, un fort courant et des sables mouvants. L'air y était malsain et les moustiques nombreux. De plus il faisait une chaleur torride. La traversée s'annonçait très périlleuse!

Le Nil revêtait alors un caractère sacré car nul ne savait d'où provenait sa source (il faudra attendre le XIXème siècle pour avoir enfin une réponse à cette question) Du temps de Louis, on pensait que le fleuve provenait directement du paradis terrestre car les quelques explorateurs suffisamment hardis pour en remonter le cours s'étaient heurtés à une vaste paroi rocheuse infranchissable d'où chutait le Nil et avaient pu entrevoir là haut une végétation luxuriante et de nombreux animaux sauvages qui semblaient vivre en toute quiétude.

L'armée du roi était donc particulièrement attentive en traversant le fleuve sacré. Ils furent arrêtés par un bras du delta particulièrement profond impossible à traverser à cause du courant et du terrain mouvant. Il ne restait plus qu'à camper sur ce terrain marécageux en attendant de construire un barrage flottant qui permettrait à l'armée de passer. Les Égyptiens de l'autre coté du fleuve ne restaient pas inactifs et bombardaient le camp des croisés de flèches enflammées et de pierres lancées avec de puissantes catapultes. La construction du barrage s'avérait être une tâche gigantesque. Il fallut pour protéger les ouvriers construire des galeries de bois surmontés de tours pour les archers. On appelait ces constructions des "chats-chateaux". Mais les travaux n'avançaient guère car les Égyptiens de l'autre coté du Nil creusaient la rive de sorte qu'elle restait toujours aussi éloignée; de plus leurs flèches mettaient le feu aux constructions de bois. L'air nauséabond des marécages affaiblissait les hommes qui étaient pris de fortes fièvres. Des cas de dysenterie commencèrent à apparaître chez les Croisés peu habitués à ce genre de climat..

Le roi était désespéré. Comment traverser? comment se sortir rapidement de ce bourbier dans lequel il avait entraîné ses hommes? Il se mit en prière et confia son armée à Dieu. Et c'est alors qu'un bédouin se fit annoncer dans le camp. C'était en musulman félon. Il montra aux Français qu'il existait non loin de là un gué qui leur permettrait de passer facilement le fleuve et d'entrer sans peine sur la terre égyptienne. Louis tenait enfin sa victoire!
Les hommes levèrent aussitôt le camp et se rendirent au gué. Ils traversèrent sans difficulté et, enthousiasmés, sans attendre le reste des troupes, fondirent sur l'armée égyptienne. Cet enthousiasme causa hélas leur perte. Les Musulmans surpris par cette attaque ne purent riposter et se réfugièrent dans la ville de Mansourah, dernière ville fortifiée avant le Caire...
Le chef des Égyptiens fut tué pendant cette bataille ainsi que le frère du roi le jeune comte d'Artois qui commandait ces troupes. Quant aux croisés qui étaient parvenus à pénétrer dans la ville, ils furent tous massacrés par les habitants.

Pendant ce temps là, l'autre partie de l'armée sous les ordres de Louis remporta une belle victoire sur les Musulmans.
Puis comme il était alors de coutume, les deux armées de reposèrent pendant quelques jours avant de reprendre le combat. Cette fois-ci l'émir Bibars se mit à la tête de ses hommes, et en remarquable tacticien il décida de porter ses efforts sur le pont qui permettait aux croisés de se ravitailler et de recevoir des renforts.
Et voilà nos croisés coupés de leurs bases arrières !
Lorsqu'ils eurent détruit le pont, les Musulmans fondirent sur l'armée ennemie isolée. La bataille fut épouvantable. Les croisés furent obligés de se réfugier dans leur camp qui fut bientôt cerné de toutes parts. Les Égyptiens étaient fortement armés et possédaient des sortes de grenades qui en explosant faisaient de gros dégâts.

Dans le camp, privé de ravitaillement et d'eau fraîche les hommes tombèrent malade et beaucoup d'entre eux moururent des fièvres des marais. Il ne restait plus à Saint Louis que de tenter une dernière sortie désespérée pour essayer de rallier le fleuve et de parvenir vaille que vaille jusqu'aux galères françaises qui restaient à distance prudente du lieu du combat.

Tentant le tout pour le tout, Louis et ses hommes sortirent du camp et se précipitèrent vers le Nil. Un instant surpris, les Musulmans se reprirent rapidement et fondirent à nouveau sur les croisés. Nombreux furent ceux qui périrent en tentant de s'échapper. Mais submergés par le nombre, les chevaliers furent forcés de se rendre.
Saint Louis, son frère et de nombreux preux chevaliers furent alors faits prisonniers. Quant aux galères françaises elles furent attaquées à leur tour par les felouques musulmanes; ceux-ci massacrèrent tous les croisés.

La septième croisade se terminait par un désastre!

Louis prisonnier, affaibli par les fièvres et presque mort d'épuisement fut transporté à Mandsourah. Nombreux furent ceux qui pensèrent qu'il allait alors périr. Mais les médecins du sultan, le guérirent et le sauvèrent - il ne faut pas oublier qu'à cette époque là les médecins arabes étaient les meilleurs du monde.

Pendant ce temps là, à Damiette, la reine Marguerite avait accouché d'un petit garçon qu'elle appela vu les tristes circonstances Jean-Tristan. Lorsqu'elle apprit la capture du roi, elle supplia un vieux chevalier fidèle "si les Sarrasins reprennent la ville, le vous supplie de me couper la tête avant qu'ils ne me prennent". Ce à quoi le chevalier répondit "Soyez certaine que je le ferai car j'y avais bien pensé et je vous tuerai sans faiblir avant que vous ne soyez prise".
Mais les Musulmans ne cherchèrent pas à reprendre Damiette par la force, ils exigèrent tout simplement pour la remise en liberté du roi qu'on leur remette les clefs de la ville ainsi la somme énorme de 100 000 pièces d'or. Une véritable fortune!
Blanche de Castille parviendra à rassembler cette somme et le roi fut enfin mis en liberté. Sa prestance, son courage et sa bonté avait forcé l'admiration des Musulmans qui reconnurent en lui un saint homme. Lorsqu'il retrouva la liberté, le sultan d'Égypte lui offrit en gage d'amitié un éléphant - animal extraordinaire à cette époque-là.

Louis refusa pourtant de rentrer en France et partit pour la Syrie d'où il espérait revenir libérer ses 12 000 compagnons restés prisonniers.
Malgré la mort de sa mère qui le rendit muet de chagrin pendant près d'une semaine, il resta deux ans en Syrie pour créer un royaume chrétien qui servirait de base arrière lors d'une prochaine croisade. Car Louis se promit de revenir libérer Jérusalem et de laver cet échec.
Il se décida enfin à rentrer lorsqu'il jugea que les villes qu'il venait de fortifier seraient capables de se protéger de l'attaque des Musulmans. Il rentra en France avec son éléphant qui, vous l'imaginez bien, fit sensation partout où il passait. On lui construisit une maison spéciale dans la ménagerie royale, et chaque jour, le roi venait lui rendre visite. Le précieux animal fut plus tard offert au roi Henri III pour sceller la nouvelle paix avec l'Angleterre.

 

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