Le règne de Philippe le bel
Le
roi Philippe était un véritable géant bond aux yeux
bleus très pâles. Il était majestueux, autoritaire
et sévère. Les gens de son époque le trouvaient très
beau mais très redoutable. Il impressionnait beaucoup ses visiteurs
car il ne laissait jamais deviner ses pensées. Lorsqu'on lui posait
une question, il dévisageaient longuement ses interlocuteurs et
laissait passer d'interminables minutes avant de répondre de façon
cinglante. Intransigeant et secret il était pour tous le "Roi
de Fer".
Philippe IV fut dans l'ensemble, un bon roi. Il oeuvra pour le bien du
royaume en renforçant l'autorité royale et perfectionna
l'administration. Sous son règne, le pouvoir du roi devint absolu
et s'affranchit de l'autorité du Pape. Philippe s'entoura d'hommes
intelligents pour le conseiller comme Enguerrand de Marigny ou Guillaume
de Nogaret.
Son règne fut marqué par plusieurs conflits
importants.
Le roi s'opposa vivement au Pape Boniface VIII pour des raisons
financières. Pour arbitrer le conflit, il réunit en 1302
les premiers Etats Généraux, assemblée composée
des représentants de la
noblesse, du clergé et de la bourgeoisie. Ceux-ci, sans trop d'hésitation,
soutirent le roi contre le pape. Furieux, Boniface fit alors excommunier
Philippe le Bel, ce qui était un acte très grave car le
roi se trouvait alors rejeté de la religion chrétienne.
Il ne pouvait plus communier, ne pouvait plus recevoir de sacrements et
n'avait pas droit à une sépulture en terre consacrée.
Ce geste de la part du Pape était d'autant plus grave que depuis
le baptême de Clovis, les rois de France régnaient "par
la grâce de Dieu". Pour faire entendre raison à Boniface
et lui faire retirer sa condamnation, Philippe le Bel envoya Guillaume
de Nogaret à la tête d'une armée en Italie à
Anagni où se trouvait le pape. Boniface fut fait prisonnier mais
fut rapidement relâché bien qu'il refusât de lever
sa peine. Le conflit avec la papauté ne prit fin qu'à la
mort de Boniface. Le nouveau pape Clément V leva l'excommunication.
Ce pape français, en opposition avec les puissants seigneurs de
Rome, s'installa peu de temps après à Avignon, aux portes
de la France, dans ce qui était alors le royaume de Provence.
Sans cesse en guerre et soucieux d'avoir toujours à sa
disposition de quoi financer une armée sur laquelle il pouvait
compter, le roi Philippe le Bel chercha un moyen pour remplir les caisses
de l'Etat. Jusqu'à lui, les rois ne levaient un impôt que
lorsqu'ils avaient besoin d'argent. Philippe le Bel fut le premier à
créer un impôt régulier. Cette entrée d'argent
lui permit de payer ses soldats qui lui restèrent de ce fait fidèles.
Les besoins de l'Etat devinrent cependant de plus en plus importants,
si bien que le roi, peu scrupuleux, n'hésita pas à s'approprier
les richesses des Juifs, puis celles de la confrérie des Templiers.
Le roi combattit non seulement contre les Anglais au sujet de
la Guyenne, mais également plus au nord contre les Flamands révoltés.
Ces derniers, refusant la main mise de la France sur leur pays, massacrèrent
le 18 mai 1302 au petit matin, tous les Français présents
dans la ville de Bruges; ce triste évènement est resté
dans toutes les mémoires sous le nom de "mâtines de
Bruges". Les soldats Flamands avaient trouvé un moyen imparable
pour démasquer les Français à coup sûr. Passant
au peigne fin chaque maison de la ville, ils firent répéter
à tous les habitants une phrase imprononçable pour qui n'était
pas natif des Flandres; Malheur à celui qui était incapable
de répéter, il était impitoyablement massacré.
On compta plus d'un millier de morts. Quelques mois plus tard, les soldats
français furent à nouveau battus près de Cambrai
à la bataille dite des "éperons d'or". Il fallut
deux campagnes militaires pour venir à bout des révoltés
flamands. Philippe finit par les soumettre mais jugea plus prudent, compte
tenu de ce qui s'était passé à Bruges, de ne plus
occuper le pays.
Le bilan de son règne fut somme toute assez positif.
Il agrandit le domaine de France en incluant la Champagne
et la Navarre (grâce à son mariage avec Jeanne), la Brie,
la ville de Lyon et quelques villes en Flandres, en Guyenne et en Lorraine.
A sa mort en 1314, après 30 ans de règne, Philippe le Bel
laissait un royaume en ordre, plus puissant que jamais.
Rien ne laissait prévoir que la France sombrerait dans une guerre
interminable quelques années plus tard.