Philippe
et Richard Cur de Lion.
En 1189, alors que le jeune roi lépreux
Baudouin IV de Jérusalem venait de mourir, le pape Grégoire
VIII s'inquiéta de voir le royaume de Terre Sainte tomber
aux mains du chef musulman Saladin . Il ordonna donc à
Guillaume de Tyr d'exhorter Philippe Auguste et le roi d'Angleterre
Richard Cur de Lion à libérer les Lieux Saints.
Cette Troisième Croisade, qui durera jusqu'en 1192, fut prêchée
à Gisors, ville alors aux mains des Anglais.
Rendez-vous fut donc pris à Vézelay en juin 1190 où
les deux rois rassemblèrent leurs forces. Avant de partir, Philippe
Auguste en roi prévoyant, confia son royaume à sa mère
Adèle de Champagne et à son frère Guillaume
aux Blanches Mains. Son petit garçon Louis n'avait que 3
ans et le roi
craignait
qu'on profitât de son absence pour s'emparer du royaume. Par la
même occasion Philippe fit fortifier Paris et quelques autres
grandes villes. Il créa également une administration forte
chargée de contrôler tout ce qui se passait dans le royaume:
cette administration fut représentée par les prévôts
et les baillis.
Les deux rois s'embarquèrent ensuite pour la Terre Sainte. Ils
parvinrent sans trop de mal à reprendre la ville de Saint Jean
dAcre tombée aux mains des musulmans. Mais peu après
cette victoire, Philippe tomba gravement malade et perdit la vue d'un
oeil. Il fut contraint de rentrer en France pour trouver la guérison.
Il laissa ses soldats au roi Richard qui resta sur place bien décidé
à libérer les Lieux Saints.
A peine Philippe fut-il rentré en France, qu'il prit contact
avec le frère de Richard, Jean Sans
Terre
dans le but de l'aider à prendre le pouvoir en profitant
de l'absence du roi légitime; Jean était un personnage
paresseux et débauché détesté de tous. Philippe
espérait se jouer de ce roi faible et faire main basse sur la
Normandie. Or, Richard fut mis au courant des tractations secrètes
entre son frère et Philippe. Furieux de se voir ainsi trahi,
il voulut voler au secours de son royaume et quitta la Terre Sainte
sans avoir repris Jérusalem. Avant de partir, il conquit toutefois
le territoire de Tyr et arracha à Saladin la promesse
de laisser les catholiques effectuer leurs pèlerinages à
Jérusalem en paix.
Mais en arrivant en Europe, Richard fut fait prisonnier par l'empereur
d'Allemagne Henri VI.
En apprenant la nouvelle, le roi Philippe pria Henri de ne pas relâcher
son célèbre prisonnier. Cette affaire l'arrangeait bien
et en aucun cas Richard ne devait être libéré sous
peine de faire échouer ses projets. L'empereur accepta de garder
Richard et de ne libérer que contre une très forte rançon.
Philippe rassuré, put continuer ses tractations avec Jean qui
lui livra bientôt la ville de Gisors. Les Français avaient
enfin un pied en Normandie!
Mais c'était compter sans l'aide soudaine de la mère de
Richard, la vieille reine Aliénor
d'Aquitaine. Celle-ci vivait en recluse depuis la mort de son
mari le roi d'Angleterre Henri II. Apprenant les négociations
honteuses entre Jean et Philippe alors que Richard était retenu
prisonnier en Allemagne, horrifiée de voir Jean trahir ainsi
son frère, elle décida de payer la rançon.
Ravi de cette bonne aubaine qui lui permettait de s'enrichir à
peu de frais, l'Empereur d'Allemagne négocia entre Philippe qui
exigeait que Richard reste prisonnier et Aliénor. Finalement,
Aliénor paya une somme énorme et Richard fut enfin libéré.
A peine libre, Richard se précipita à Londres où
sa mère l'attendait pour le faire couronner à nouveau
afin que tous comprennent bien qu'il était le roi et que Jean
usurpait le titre. Furieux contre Philippe qui était responsable
de tous ses malheurs, Richard Cur de Lion lui déclara
aussitôt la guerre. Son frère Jean, voyant la mauvaise
tournure que prenaient les évènements et craignant la
colère royale, vint lui prêter allégeance et lui
demander pardon. Richard, magnanime lui pardonna de bon cur ses
incartades.
Pour protéger définitivement la Normandie des griffes
de Philippe, Richard fit construire en un an (chose exceptionnelle pour
lépoque !) un château fort extraordinaire sur
un éperon rocheux. Ce
château
faramineux perché sur une falaise haute d'une centaine de mètres
domine encore la Seine à coté des Andelys : Château
Gaillard ! une forteresse imprenable !.
Richard l'appelait "la belle d'un an".
C'était un formidable obstacle qui, tant que Philippe n'aurait
délogé les Anglais qui l'occupaient, lui fermait les portes
de la Normandie. Mais à force d'assauts et de combats incessants,
Philippe parvint quelques années après la mort de Richard,
en 1204, après une bataille d'une très rare violence à
s'emparer de la fameuse place forte. La Normandie s'ouvrait enfin à
lui !
Quant
à Richard, il ne put longtemps profiter de son nouveau château
fort. Le 26 mars 1199, alors qu'il combattait à Châlus,
il fut grièvement blessé par un trait d'arbalète.
Quelques jours plus tard, le 6 avril, il mourut de la suite de ses blessures...
- ironie de l'histoire: Richard avait introduit en France lusage
de larbalète considérée autrefois comme contraire
à lesprit des chevaliers car elle apportait la mort trop
facilement sans mettre en danger le tireur
Richard n'ayant pas d'enfant, son frère Jean Sans Terre fut
couronné duc de Normandie et roi d'Angleterre...