Philippe Auguste, roi de France

 

Un prince perdu dans la forêt

 

Lorsque Philippe Dieudonné eut 14 ans, son père le roi Louis VII décida de l’associer au trône en le faisant couronner à Reims. C’est ainsi que cela se faisait en ce temps là, cela permettait ainsi au roi de faire reconnaître de son vivant son successeur. Louis VII était alors un homme malade que la paralysie gagnait peu à peu. Il fut donc décidé que Philippe Dieudonné serait couronné le plus tôt possible. On prit date pour le 15 août 1179 jour de l’Assomption. Quelques jours avant la date prévue, toute la Cour se mit en route vers Reims. La cour fit étape à Compiègne où Philippe eut l’autorisation de son père de suivre une chasse au sanglier. La forêt de Compiègne était alors une forêt très profonde, sombre et sauvage où les chemins et les sentiers n’étaient tracés que par les animaux sauvages. Elle regorgeait de loups, de cerfs, de renards et de lynx et les hommes qui osaient se risquer dans cette épaisse forêt étaient peu nombreux.Philippe, était alors un vaillant jeune homme grand et robuste à la longue chevelure blonde ébouriffée. Il adorait la chasse et montait comme tout chevalier merveilleusement bien à cheval. Il prit rapidement la tête de la chasse menant sa monture à bride abattue derrière un sanglier. Peu à peu cependant, il distança le reste de la chasse et se perdit. Il se retrouva soudain seul au milieu de la forêt sombre en dehors de tout sentier battu. Se rendant compte qu'il s'était perdu, Philippe fit immédiatement faire demi-tour à sa monture et essaya de retrouver son chemin en se repérant au soleil. Mais celui-ci à travers la haute et sombre futaie était devenu invisible.

Un peu inquiet, Philippe appela ses compagnons. Seul le silence lui répondit. Il sonna alors de toutes ses forces dans son cor, pensant que le son porterait plus loin.. Tendant l’oreille il perçu quelques cris lointains qui lui redonnèrent courage mais bientôt ce fut à nouveau le silence ; seuls le bruit du vent et le chant des oiseaux répondirent à ses appels de plus en plus angoissés. La nuit commençait à tomber et avec elle le cri des loups chassant leur proie se fit entendre tout près. Pris de panique, Philippe lança son cheval au galop entre les arbres, se couchant sur son encolure afin de passer sous les branches basses et ne pas tomber. Mais bientôt le cheval fatigué refusa d’avancer ; le cavalier et sa monture s’étaient enfoncés encore plus profondément dans la forêt et étaient parvenus dans un épais taillis d’où il était difficile de se dégager. Il fit bientôt complètement nuit ; la lumière de la pleine lune ne parvenait pas à éclairer tant la forêt était épaisse. Il revint alors à la mémoire du jeune prince toutes les histoires terrifiantes que l’on racontait le soir à la veillée au coin du feu ; histoires de brigands, de fées, de revenants et de monstres qui venaient attaquer la nuit les chevaliers errants et les mettre à l’épreuve… son imagination enfiévrée lui faisait voir des monstres tapis au pied des arbres prêts à bondir sur lui.
Philippe passa toute la nuit assis sur son cheval sans fermer l’œil. Aux aguets, ses sens en éveil et son poignard tiré, il tremblait de froid et de peur... Enfin le jour se leva apportant un peu de lumière entre les arbres. Son imagination se calma et ses horribles cauchemars de la nuit disparurent avec le chant des oiseaux. Philippe reprit un peu courage et continua à avancer en direction de ce qu’il espérait être le bivouac de son père à Compiègne. A nouveau il appela et souffla à perdre haleine dans son cor mais comme la veille, nul ne lui répondit. A croire que la forêt enchanteresse avait avalé ses compagnons les faisant disparaître à tout jamais. Philippe passa la journée tristement, errant encore au gré de son cheval qui l’emportait çà et là, grappillant au passage une mûre, une baie sauvage et s’abreuvant aux sources qui coulaient entre les racines moussues des grands chênes. Ses alarmes croissaient à l’idée de passer une deuxième nuit seul dans la forêt… Enfin, raconte un un historien de son temps, au déclin de ce deuxième jour: "Philippe se mit à pousser des gémissements et des soupirs, et se recommanda très dévotement à Dieu, à la bienheureuse vierge marie et à saint Denis patron et défenseur des rois de France. A la fin de sa prière, il regarda à droite et tout à coup il vit près de lui un paysan qui soufflait sur des charbons ardents. Sa taille était haute et son visage hideux et noirci par le charbon. Il tenait une grande hache sur le cou. D’abord, à cette vue Philippe trembla comme un enfant ; mais bientôt il surmonta sa grande frayeur et s’approchant de cet homme il le salua avec bienveillance. Il lui expliqua qui il était et d’où il venait, comment il se trouvait là et le paysan reconnaissant la personne de son seigneur abandonna sur le champ son travail et ramena le prince en toute hâte à Compiègne par un raccourci. A la suite des frayeurs dont il avait été saisi, Philippe Dieudonné tomba dangereusement malade et cet accident fit déférer son couronnement jusqu’à la Toussaint. "

Louis VII dut la mort dans l’âme décommander le sacre. L’avenir du royaume chancelait avec la maladie de son fils bien aimé ! Le royaume entier se mit en prière pour le prompt rétablissement du Dauphin ; Saint Denis fut maintes fois invoqué, mais rien ni personne ne parvint à sortir Philippe de la léthargie dans laquelle il était tombé au sortir de la forêt. Et puis un beau jour, le vieux roi Louis VII, se désespérant tout à fait de la santé de son fils décida d’invoquer l’évêque de Canterbury Saint Thomas Beckett qui avait été assassiné quelques années plus tôt par le roi d’Angleterre Henri II.
 Le saint dut répondre à sa prière car lentement Philippe Auguste se rétablit et put enfin être couronné le jour de la Toussaint.

 

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