MARIE ANTOINETTE

La fuite à Varennes

 

Monsieur et Madame de Korff

Juin 1791, la Révolution a éclaté il y a presque deux ans. 
Louis XVI et Marie Antoinette se rendent maintenant compte qu'ils sont prisonniers des révolutionnaires car il leur est interdit de quitter le château des Tuileries à Paris même pour aller s'installer de l'autre côté de la Seine à Saint Cloud où l'air est meilleur pour la reine.
Cette triste situation dans leur propre château devient bientôt intenable. Marie Antoinette parvient à force de persévérance et de patience à convaincre Louis XVI que leur salut se situe très probablement dans la fuite.
Un plan est rapidement mis en place. Ils fuiront avec leurs deux enfants Marie-Thérèse et Louis-Charles vers la frontière la plus proche. Ils quitteront Paris discrètement mais retrouveront en chemin des troupes fidèles sous les ordres de Monsieur de Choiseul qui les escorteront jusqu'à la frontière. Mais il n'est pas question de voyager sans être accompagnés, on demandera donc à la gouvernante des enfants, au coiffeur et à quelques femmes de chambre fidèles de les suivre.
Des amis sûrs, mis dans le secret, leur trouvent des faux passeports au nom de Monsieur et Madame de Korff et comme moyen de locomotion une énorme berline jaune et verte confortable mais peu discrète.
Enfin, après de longs préparatifs, on fixe comme date de départ le 20 juin à 10 heures de soir.
Cette nuit là, après avoir comme chaque soir renvoyé ses dames pour la nuit, Marie Antoinette se rend secrètement auprès de sa fille Marie Thérèse pour la préparer pour le voyage. Elle va ensuite réveiller Louis Charles qu'elle déguise en petite fille.
Pendant ce temps là, Louis XVI fait mine de se coucher assisté par Lafayette; mais à peine celui-ci quitte-t-il la chambre que Louis XVI se relève d'un bond, se coiffe d'une perruque grise et d'un chapeau rond et gagne rapidement la porte qui le sépare des appartements de la reine. La gouvernante des enfants et les femmes de chambres sont déjà là.
Les fugitifs décident alors pour être plus discrets, de se séparer en petits groupes pour sortir du château. Il est convenu de se retrouver rue de l'Echelle où attend la voiture qui doit les conduire vers la grosse berline de voyage stationnée aux portes de Paris.
Silencieusement, les petits groupes se mettent en route. Rue de l'Echelle tout va bien, la voiture est là, rien ne bouge, la voie semble libre. Mais au moment de monter dans la voiture, on se rend compte qu'il manque quelqu'un. Qui manque-t-il à l'appel? Marie Antoinette ! Où peut-elle bien être? les minutes s'écoulent interminables et angoissantes... que se passe-t-il donc? a-t-elle déjà été arrêtée?
Mais non! la voilà enfin ! elle s'est tout simplement trompée de rue.

Le départ

La voiture s'élance alors vers les portes de Paris, mais comble de malchance, le conducteur de la voiture se perd dans les dédales de rues... Impossible de retrouver la grosse berline, on tourne interminablement dans les rues désertes quand enfin avec deux heures de retard sur l'horaire prévu, on retrouve la grosse berline jaune et verte, la famille s'y engouffre précipitamment, il s'agit maintenant de rattraper le retard accumulé. 
On sort de Paris sans problème, les premiers villages de campagne sont dépassés, le jour se lève déjà. Il faut bientôt faire étape pour changer de chevaux. Le roi malgré son déguisement est reconnu par de braves gens qui lui souhaitent bonne chance pour sa fuite et lui offrent des rafraîchissements. Mise en confiance et rassurée par la fidélité des gens de la campagne, la famille royale cesse de se presser. La fuite se transforme en promenade de vacances, le roi s'informe des moissons auprès des paysans, on descend de voiture, on admire le paysage, on s'arrête pour discuter... Qu'importe le temps qu'on perd à présent? le rendez-vous avec les troupes fidèles qui doivent les escorter jusqu'à la frontière doit avoir lieu dans maintenant deux heures...
Mais à Paris, un cavalier vient de s'élancer au grand galop à la recherche de la berline fugitive ; il est porteur d'un ordre de l'Assemblée ordonnant d'arrêter le roi. Les fugitifs ont alors plus de dix heures d'avance sur leurs poursuivants.
La berline du roi continue tranquillement son chemin; mais en arrivant au rendez-vous, il n'y a personne ! pas de Monsieur de Choiseul, pas de hussards... où sont ils tous? le rendez vous doit pourtant avoir lieu à cet endroit! Hélas ! lassés d'attendre la berline qui a plusieurs heures de retard, et craignant qu'elle n'ait été arrêtée, les soldats ont quitté leur poste.
Les fugitifs décident alors de se rendre directement à la prochaine étape où doivent attendre d'autres soldats. Mais là encore il n'y a plus personne ! Il ne reste plus qu'à continuer son chemin mais l'enthousiasme des fugitifs n'y est plus.
Angoissés ils parviennent au prochain relais où une nouvelle fois il n'y a personne. Le maître de poste s'approche de la voiture, jette un regard dedans et stupéfait reconnaît le roi ! doutant de ce qu'il a vu, il compare le profil du voyageur avec le profil dessiné sur un billet de banque... pas de doute possible, c'est bien le roi ! or le maître des postes est un révolutionnaire convaincu; si le roi est là, pense-t-il, sans escorte, c'est qu'il doit être en train de fuire ! il recommande alors au postier de ne pas fatiguer ses chevaux et d'aller lentement jusqu'au prochain relais. Alors que la berline sort d'un coté village, un cavalier blanc de poussière arrivant de Paris y entre par l'autre coté au grand galop. Galopant à tout allure depuis l'aube il a enfin rejoint les fugitifs, rattrapant les dix heures qui le séparent d'eux. 

Varennes

Sans se douter qu'elle est sur le point d'être rattrapée, la berline continue sa route vers Varennes. La nuit commence à tomber et l'escorte tant attendue semble s'être volatilisée. A Varennes, la voiture est arrêtée à l'auberge par les maîtres de poste soupçonneux alertés par le maître du relais précédent. A cet instant le cavalier porteur de l'ordre d'arrêter le roi fait irruption dans l'auberge. Exténué, il tend l'ordre au roi qui lit calmement le décret et le tendant à la reine déclare "il n'y a plus de roi de France". Marie Antoinette est abattue.
Le lendemain matin à 7 heures du matin, la famille remonte dans la berline qui rebrousse chemin vers Paris. Elle est cette fois entourée de paysans devenus hargneux qui veulent que le roi retourne à Paris. Les hussards tant attendus la veille sont sur une colline qui domine le village... il est désormais trop tard pour intervenir, le roi est prisonnier et désormais étroitement gardé...

Le retour

Le retour vers la capitale est affreux. Entassés dans la berline sans avoir le droit d'ouvrir les fenêtres, malgré la chaleur torride de ces premiers jours de l'été, ils doivent subir les quolibets, les moqueries et les insultes de la foule massée le long de la route poussiéreuse.
L'arrivée à Paris est pire encore, les femmes du peuple n'hésitent pas à monter sur le voiture pour mieux voir les souverains et mieux les humilier "mille cris injurieux s'élevaient; des menaces atroces s'adressaient surtout à la reine" rapporte un témoin. Marie Thérèse dans ses mémoires raconte " il fallut descendre au milieu des huées de ces gens qui disaient hautement qu'ils voulaient nous tuer. De tous les moments que j'ai vus depuis, ce fut un de ceux qui me frappèrent le plus et dont l'horrible impression me restera toujours".
Enfin on s'approche des Tuileries et de la fin du voyage; La foule a envahi les Champs Elysées et la place de la Révolution, ne laissant qu'un étroit passage pour laisser passer la berline. Les visages grimaçant se collent aux vitres; on craint pour la vie des souverains, mais par miracle personne ne songe à arrêter la berline.
C'est avec soulagement que la famille royale voit les grilles du château des Tuileries se refermer derrière elle. Louis XVI et les siens sont rentrés sains et saufs mais pendant cette horrible semaine que dura la fuite à Varennes les cheveux de Marie Antoinette sont devenus entièrement blancs comme ceux d'une très vielle dame

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