MARIE-ANTOINETTE

Le dernier espoir de Marie Antoinette.

(d'après G. Lenôtre - Le vrai chevalier de Maison-Rouge)

 

Alors que Marie Antoinette est enfermée à la Conciergerie et que ses jours sont comptés, certains fidèles espèrent encore la faire évader. Le chevalier de Maison-Rouge faillit y parvenir. 
Il voulait profiter d'une de ces émeutes, si nombreuses à Paris à cette époque, pour attaquer avec des hommes sûrs la Conciergerie, se saisir de la reine et la faire fuire jusqu'en Autriche où elle aurait retrouvé sa famille. 
Or, la difficulté de la chose était de neutraliser les deux gendarmes qui gardaient nuit et jour la reine. Ils pourraient au moment de l'attaque la tuer, il fallait donc s'assurer de leur soutien. Le chevalier de Maison-Rouge décida que la tâche de convaincre les gendarmes de l'aider à fuire devait revenir à Marie Antoinette. Elle devait parler à l'un d'entre eux et lui proposer une forte somme en or que le chevalier lui aurait fait parvenir en temps utile...
Cependant, il fallait mettre Marie Antoinette au courant du plan et du rôle qu'elle devait jouer. Mais comment la prévenir dans son cachot, alors que les gendarmes ne la quittaient jamais des yeux?
Il fallait coûte que coûte trouver un moyen pour lui parler.
Le chevalier décida que le moyen le plus sûr, était de s'introduire lui même auprès de la prisonnière. La seule personne qui pouvait l'aider sans éveiller des soupçons, était l'administrateur des prisons Michonis; il fallait sans qu'il ne se doute de la raison, l'amener à lui proposer de voir la prisonnière. Le chevalier se lia donc d'amitié avec l'administrateur, et c'est ainsi que ce dernier, se gonflant de son importance, proposa au chevalier d'aller rendre visite à la prisonnière comme si elle était une bête curieuse.
Le jour convenu, les deux hommes se dirigèrent vers la Conciergerie. En chemin, ils croisèrent une fleuriste à qui le chevalier acheta quelques oeillets qu'il mit en manière de décoration à sa boutonnière.
Michonis le fit pénétrer dans la sombre prison, une à une les lourdes portes s'ouvrirent sur le chemin du cachot de Marie Antoinette. Enfin, le faisant passer devant lui, tout fier de son importance, Michonis l'introduisit dans la cellule de la reine. 
En entendant entrer ses visiteurs, Marie Antoinette leva les yeux et tressailli en voyant le chevalier lui faire signe en montrant les oeillets. Les deux gendarmes en faction ne la quittaient pas du regard, impossible de lui faire cadeau des fleurs devant tout le monde! Le chevalier fit alors discrètement tomber une fleur, Marie Antoinette fut la seule à voir son geste.
La visite se termina bientôt et la reine se retrouva seule avec ses gardiens. Mais comment ramasser la fleur sous leurs yeux sans qu'ils ne la remarquent? Profitant d'un moment d'inattention de leur part, elle posa son pied sur l'oeillet, et tout doucement ramena sa jambe. Puis elle se baissa en faisant semblant de ramasser son mouchoir et en profita pour se saisir de l'œillet.Quelle ne fut sa surprise de voir que l'œillet cachait un petit papier sur lequel un message était écrit ! L'ayant bien lu, et pleine d'espérance dans ce projet fou, elle se décida à parler à un des gardes le soir même pour essayer de l'amadouer et obtenir de l'aide. Mais auquel parler? lequel a l'air plus doux que l'autre?Elle se décida enfin et choisit de parler à celui qui semblait avoir le plus de pitié pour elle. Elle lui montra le billet et lui dit qu'on chercherait à la faire évader, l'aiderait-il? le garde resta muet pendant qu'elle lui parlait, puis il quitta la pièce sans un mot. La reine le regarda partir pleine d'espoir... pourvu qu'il veuille bien l'aider !
Hélas, le garde se précipita auprès du concierge de la prison pour lui dire ce qui se complotait. Le concierge envoya trois hommes dans la cellule pour enquêter. La reine voyant le complot découvert, avoua par quel moyen ingénieux le message était arrivé dans sa cellule mais refusa de donner le nom de l'homme qui lui avait rendu visite. Il ne fut jamais retrouvé par les révolutionnaires furieux qu'on ait pu les berner ainsi sous leur nez... 
Cette histoire véridique est restée dans les mémoires sous le nom de "l'affaire des oeillets".
Le complot éventré, l'occasion de faire évader la reine ne se représenta plus.

Le matin du 16 octobre 1793, le lendemain de son procès, ses juges entrèrent dans la cellule en compagnie du bourreau Sanson. Marie Antoinette les attendait, elle avait appris sa condamnation à mort la veille et avait passé la nuit à écrire à sa belle soeur Elisabeth lui recommandant de bien Dessin de la reine partant à l'échafaud par un témoinveiller sur ses enfants lorsqu'elle n'y serait plus.
Sanson s'approcha d'elle pour lui couper les cheveux au dessus de la nuque et pour lui lier les mains derrière le dos. Puis, sans grands ménagements, il la fit sortir de prison et monter sur une charrette à foin garée devant la Conciergerie. Les parisiens s'étaient déplacés en foule pour voir l'exécution de la reine. Marie Antoinette courageuse, se tint droite sous les quolibets de la foule pendant tout le trajet qui la mena place de la Révolution (actuelle place de la Concorde) où Louis XVI avait été guillotiné quelques mois plus tôt. 
Enfin l'horrible trajet prit fin. La charrette s'était arrêtée à coté de l'échafaud. Marie Antoinette en descendit lestement et gracieusement monta les quelques marches qui la séparaient de la guillotine : "elle est descendue avec légèreté et promptitude, sans avoir besoin d'être soutenue, quoique ses mains fussent toujours liées; elle est même montée à la bravade avec un air plus calme et plus tranquille encore qu'en sortant de prison" rapporte un témoin. 
Dans sa hâte elle marcha sur le pied du bourreau "Je vous demande pardon monsieur," dit elle," je ne l'ai pas fait exprès". Ce furent ses derniers mots. 

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