CHRISTOPHE COLOMB
Sauvé, comme Tintin dans le Temple du Soleil, par... une éclipse de lune.

 

Nous étions en l'an de grâce 1503... 

Christophe Colomb venait de s'échouer sur l'île sauvage de la Jamaïque. Ses bateaux étaient dans un état si épouvantable qu'il ne pouvait espérer rentrer sans secours extérieur. Son homme le plus fidèle était courageusement parti vers Hispaniola, à plusieurs semaines de là pour ramener de l'aide... mais la mauvaise volonté du gouverneur obligea Colomb à rester prisonnier dans l'île pendant près d'un an !
Seule sa grande ingéniosité lui permit de survivre à l'hostilité grandissante des indigènes...
Ce quatrième et dernier voyage vers le Nouveau Monde commencé près d'un an plus tôt n'avait pas déclenché l'enthousiasme habituel. Son précédent voyage s'était fort mal terminé puisque ses nombreux ennemis, ligués contre lui, étaient parvenus à le faire destituer de son poste de gouverneur d'Hispaniola (la ville qu'il avait lui même fondée sur l'île de Saint Domingue) et à le renvoyer en Espagne couvert de chaînes. Il avait alors perdu la confiance de ses souverains qui lui avaient retiré son titre de vice roi et de gouverneur lui laissant à peine son grade d'amiral. De plus, comble de malchance, le portugais Vasco de Gama, se frayant un passage par le sud de l'Afrique et par le cap de Bonne Espérance était parvenu jusqu'aux vraies Indes, créant ainsi une nouvelle route vers la Chine et réalisant là le projet de Colomb.
Parvenant malgré tout avec beaucoup de peine à regagner la confiance des Rois, Colomb eut enfin l'autorisation de repartir. Il appareilla un beau matin du mois de mai à la tête de 150 personnes et de 4 caravelles. Il était accompagné de son frère et de son fils Diego âgé de 13 ans.

Hispaniola
Les rois lui avaient ordonné de reprendre ses explorations du Nouveau Monde mais lui avaient expressément interdit de relâcher à Hispaniola où Ovando l'avait remplacé à son poste de gouverneur. C'était un homme ambitieux et orgueilleux qui méprisait Colomb.
Les navires de Christophe étaient en très mauvais état, et malgré l'ordre royal, il se vit contraint de mouiller au large d'Hispaniola alors qu'une tempête menaçait pour demander asile pour la nuit. Il espérait reprendre la mer après cette terrible tempête qu'en excellent marin il sentait venir. Le port d'Hispaniola abritait à ce moment là une très importante flotte de près de 30 navires, les cales emplies d'or destinés aux souverains espagnols. Les bateaux devaient partir au petit matin vers l'Espagne. Colomb conseilla au gouverneur Ovando d'attendre la fin de la tempête, mais celui-ci ne voulut rien entendre; il était tellement furieux contre la présence de Colomb en dépit de l'interdiction royale qu'il lui refusa même de s'abriter dans le port malgré le gros grain qui s'annonçait. Désespéré, Christophe écrivit dans son journal de bord "j'étais sur le point de mourir de désespoir en me voyant interdire l'accès d'une terre que j'avais acquise au prix de sueurs de sang, alors que je cherchais un abri pour sauver les vies de mon fils, de mon frère et de mes amis..."
Le lendemain matin, malgré la mer démontée, les navires d'Ovando prirent le large mais à peine ceux-ci se furent-ils éloignés de la côte, que le vent forcit brusquement envoyant tous les navires et leur cargaison au fond de la mer ! l'île d'Hispaniola fut elle-même dévastée "effondrée au sol, faite qu'elle était de bois et de paille comme si toute l'armée des démons s'était échappée de l'enfer " note un témoin.

 

Les explorations
Colomb quant à lui, réussit à s'abriter dans la crique d'un îlot voisin. Sa petite flotte était sauvée. Étudiant de près les cartes de la Chine de Marco Polo, il crut se reconnaître et être quelque part au sud de la Chine. Il était en réalité en Amérique centrale au Honduras. Faisant encore route vers le sud dans l'espoir de trouver un passage lui permettant de dépasser ce qu'il croyait être une immense île, il aborda au Costa Rica. Là, il rencontra des indigènes richement paré de bijoux en or qui lui affirmèrent qu'à 9 jours de marche vers l'ouest à travers la jungle, s'ouvrait un vaste océan (le Pacifique!) Colomb, toujours plongé dans les cartes de Marco Polo pensa qu'il s'agissait d'un immense fleuve, peut-être le Gange?
Mais Colomb n'eut pas le temps de s'attarder sur cette question, qu'il pensait mineure - une fois de plus il dut affronter un violent ouragan. Une trombe d'eau se dirigeait vers leur flotte menaçant de la noyer. Diego raconta alors que voyant cela, Colomb se dirigea vers la proue de son navire tenant une Bible d'une main et de l'autre son épée. Debout sur la proue, il traça dans le ciel en direction de la trombe une grande croix; et aussitôt, la trombe d'eau dévia de sa trajectoire épargnant la flotte...

 

La Jamaïque
Après cette épreuve, les bateaux étaient dans un état plus que pitoyable! Colomb voulut repartir vers le nord, vers Hispaniola dans le but de réparer. Alors qu'ils faisaient route, une nuit, les bateaux échouèrent sur l'île de la Jamaïque. Les coques des bateaux étaient devenues "pareille à des rayons de miel" et faisaient eau de toute part. Colomb les fit tirer sur la plage pour les transformer en habitations en attendant de pouvoir réparer. La situation était préoccupante: un des bateaux était complètement hors d'usage, quant aux autres, il n'était pas possible de les réparer suffisamment pour reprendre la mer sans risque. Il fit appeler son fidèle bras droit Mendez et le chargea de partir sur une simple pirogue à Hispaniola chercher du secours. Mendez partit, accompagné des vœux de réussite de tout l'équipage qui devinait que son salut reposait sur ses épaules... parviendrait-il jusqu'à la lointaine Hispaniola sans encombre? seraient-ils condamnés à vivre tout le restant de leur vie sur cet îlot perdu à des kilomètres de toute civilisation?Après quelques semaines de voyage, Mendez parvint à Hispaniola, mais il eut toutes les peines du monde à rencontrer le gouverneur Ovando - ennemi juré de Colomb- et à le persuader de monter une expédition pour sauver les naufragés. Celui-ci mit 8 mois à se décider à envoyer du secours!
A la Jamaïque, pendant ce temps là, Colomb et ses hommes s'entendirent avec les tribus indigènes des alentours. Contre quelques pacotilles, ces dernières acceptèrent d'apporter de l'eau et de la nourriture aux Espagnols. Mais bientôt, les mois succédant aux semaines, la pacotille s'épuisa et les indigènes se montrèrent moins empressés à les servir. La faim commença à tenailler le ventre des Espagnols et les indigènes se montrèrent de plus en plus hostiles... Après tant d'aventures glorieusement partagées, Colomb et ses hommes seraient-ils condamnés à mourir de faim? Les secours n'arrivant pas, et personne ne sachant si Mendez était parvenu à bon port, il fallait trouver une solution pour se tirer de ce mauvais pas et se faire respecter des indigènes.

C'est alors que Colomb se souvint qu'il avait dans sa cabine un éphéméride*; pour l'avoir bien souvent étudié, il lui semblait se souvenir qu'une éclipse de lune devait bientôt avoir lieu... Une idée géniale germa dans son esprit: il allait montrer sa supériorité aux indigènes et leur faire voir ce qui allait leur coûter de désobéir à l'homme blanc.
Le soir de l'éclipse, Colomb fit convoquer tous les chefs indigènes des alentours et s'habilla de ses plus beaux atours afin de paraître très solennel. Lorsque tous les hommes se furent rendus à son appel, juste après le coucher du soleil, Colomb monta sur le pont et leur adressa gravement la parole : son Dieu était fort mécontent de la façon dont ses hommes et lui même étaient traités ! depuis plusieurs jours on ne leur apportait presque plus rien à manger ! si bien que son Dieu allait les châtier en leur retirant la lune ! Celle-ci, magnifique disque plein, brillait au dessus de sa tête pendant qu'il parlait. A peine s'était-il tu, que l'astre commença à faiblir, et, très lentement, se mit à décroître comme si la nuit l'avalait... Les indigènes était terrifiés, comment un tel prodige était-il possible? Comment le Dieu de l'homme blanc pouvait-il être si puissant? Paniqués, les chefs se prosternèrent aux pieds de Christophe et le supplièrent d'intercéder auprès de son Dieu pour qu'il daigne rendre la lune ! Colomb, vous l'imaginez bien, était ravi de son effet ! il fit d'abord promettre aux indigènes de leur apporter de l'eau et de la nourriture en abondance. Les chefs promirent tout ce que Colomb voulut. Ce dernier prit son temps, donnant à la scène toute la gravité nécessaire pour bien marquer les esprits des Jamaïcains. Il savait grâce à l'éphéméride de combien de temps exactement il disposait avant la fin de l'éclipse.
Voyant le temps s'écouler, Christophe fit mine de juger que les chefs s'étaient suffisamment prosternés à ses pieds et avaient suffisamment supplié et promis. Il se tourna alors lentement vers l'endroit où l'astre avait disparu et, pendant qu'il faisait semblant de s'adresser à Dieu avec de grands gestes, la lune réapparut. 

L'effet sur les indigènes fut, on s'en doute foudroyant! 

Plus jamais, pendant les 6 mois qu'il leur restait à vivre sur l'île, Colomb et ses hommes ne manquèrent de nourriture.

 

 

* éphéméride : Table astronomiques donnant pour chaque jour de l'année la position des astres (dictionnaire le Robert)

Home / Contact / Qui Sommes-Nous ? / Sélection de livres / Références / Liens / Formulaire d’abonnement