CHARLES QUINT

Charles Quint et François Ier

 

La France cernée par l'Empire de Charles

François Ier roi de France, a été l'un des plus grands ennemis de Charles Quint; à cela il existe plusieurs raisons:
Tout d'abord parce que le roi de France avait reçu lui aussi en héritage des droits sur la couronne du Saint Empire Germanique. Lorsque le grand-père de Charles, l'empereur Maximilien mourut, François Ier espérait être élu empereur du Saint Empire. Hélas pour lui, ce fut Charles alors âgé de 19 ans qui l'emporta. François Ier lui garda une rancune tenace.
François Ier Ensuite parce que l'empire de Charles était devenu alors si vaste qu'il encerclait presque complètement la France (regardez la carte ci-dessus). Le danger venait en particulier du Nord et de l'Est, puisque les Flandres, l'Artois et la Franche Comté étaient contre la frontière. La capitale Paris n'était qu'à 150 km de la frontière et aucun obstacle naturel comme un fleuve ou une montagne de la séparait de ses ennemis.
Le roi François Ier était donc très inquiet pour l'avenir de son royaume et craignait que Charles Quint ne s'en empare. Il s'allia alors avec le roi d'Angleterre Henri VIII en lui faisant voir le danger que représentait pour leurs deux pays la proximité d'un voisin aussi puissant. Leur entrevue, pleine d'un faste et d'un luxe inouï resta dans les mémoires sous le nom de l'entrevue du Camp du Drap d'Or
Après une semaine de négociations, ils s'entendirent pour faire alliance contre Charles Quint.

Un an après l'élection de Charles Quint au titre d'Empereur, François Ier lui déclara la guerre dans le Milanais en Italie. Charles Quint n'aimait pas la guerre; il pensait qu'il valait mieux que les souverains s’entretuent entre eux plutôt que d’exposer leurs armées . Ayant l'esprit fort chevaleresque il proposa par deux fois à François Ier de régler leur querelle en tête à tête par un duel. A chaque fois, François refusa. La guerre entre l'Espagne et la France dura 39 ans.
Poursuivie par leurs fils respectifs Philippe II et Henri II, ni Charles ni François n'en verront la fin.
Ces guerres seront pour la première fois dans l'histoire, des guerres qui s'appuieront sur l'intervention d'alliés. Elles entraînèrent les Anglais, les Suédois, les Allemands... de sorte que l'on peut dire qu'elles furent également européennes. 

Avant de partir à la guerre en Italie, François Ier nomma sa mère Louise de Savoie Régente du royaume de France. Mais lors de son expédition dans le Milanais, le 24 février 1525, jour du 25ème anniversaire de Charles Quint, le roi de France fut fait prisonnier à Pavie. Il fut immédiatement transféré à Madrid en Espagne où résidait l'empereur et enfermé dans une prison si exiguë et si humide, que François finit par tomber gravement malade. Charles ne voulut le relâcher qu'à la condition que François Ier s'engage à renoncer à ses prétentions en Italie et surtout qu'il rende le duché de Bourgogne que Louis XI avait conquit des années plus tôt à Charles le Téméraire
Affaibli, François Ier fit semblant de promettre tout ce qu'on lui demandait. Des tractations eurent lieu avec des agents venus de France. Le roi abdiqua depuis sa prison espagnole en faveur de son fils et envoya des messages à sa mère lui demandant de faire mine de céder la Bourgogne. Mais dans le même temps il lui demandait dans le plus grand secret de faire discrètement alliance avec le turc Soliman le Magnifique. Soliman le MagnifiquePour preuve de sa volonté, il donna à son agent son anneau en lui confiant la mission de se rendre lui même auprès de Soliman pour lui demander son aide.

Charles ignorait les ordres secrets que François passait à sa mère, il pensait que celui-ci loyalement ne s'occupait que des tractations pour rendre la Bourgogne. Se méfiant toutefois de son ennemi, il le garda en prison en attendant que la Bourgogne soit enfin restituée. François tenta alors de s’évader et y parvint presque déguisé en africain après s'être teint la peau en noir. Mais au dernier moment, alors qu'il était prêt à réussir il se fit dénoncer par un de ses valets qu’il avait autrefois giflé et qui lui avait gardé rancune. Après 6 mois d'emprisonnement, découragé par sa tentative manquée, François accepta enfin le 13 janvier 1526 de signer ce traité de Madrid par lequel il cédait la Bourgogne et l'Italie. Il allait pouvoir être libéré. Le roi de France laissait toutefois ses deux jeunes fils Henri et François en otage et promit de revenir se constituer prisonnier s'il ne tenait pas ses promesses à propos de la Bourgogne. Pour marquer son contentement, Charles Quint lui promit la main de sa sœur Eléonore dont il était tombé amoureux. C'est ainsi que François devint le beau frère de Charles.

Le 7 avril 1526, François Ier fut libéré. Il était resté prisonnier en Espagne pendant plus d'un an.

A peine libéré, François Ier revint sur sa promesse en disant que sa signature lui avait été arrachée sans son consentement et par la contrainte. De plus, François prétexta que la Bourgogne voulait rester française et qu'il n'irait pas à l'encontre de la volonté des Bourguignons. L’édit d’abdication en faveur de son fils ne fut pas mis en place puisqu’il était contraire aux lois du royaume. Le 17 août, se rendant compte que François Ier avait menti et qu'il ne rendrai pas la Bourgogne, Charles lui lança un défi de duel. François Ier ne se donna même pas la peine d'y répondre. La guerre reprit en Italie...
La même année, Soliman ayant reçu l’anneau que François Ier lui avait envoyé pour lui demander son soutien et son aide, attaqua en Hongrie. Cette guerre avait pour but d'amoindrir les forces de Charles Quint qui était en passe de devenir le maître du monde. Soliman arriva à établir sa suprématie dans la région.
Il parvint jusqu'à Vienne mais la résistance des Viennois l'obligea à lever le camp. Grâce à cette aide inespérée de Soliman, François Ier fit annuler le traité de Madrid.
Par un nouveau traité, le traité de Cambrai, Charles Quint renonçait à réclamer la Bourgogne.

La menace turque sur la ville de Vienne s'étendit pourtant pendant plus d'un siècle et en 1683 lorsque le péril turc fut définitivement écarté, les pâtissiers viennois pour fêter la victoire sur les musulmans inventèrent une viennoiserie en forme... de croissant... symbole de la religion musulmane.

L'alliance entre François Ier et Soliman le Magnifique fut la première alliance guerrière entre les chrétiens et les musulmans. Cette alliance jeta Charles Quint dans une immense fureur et une grande incompréhension. Comment François Ier qui était chrétien comme lui et qui gouvernait une nation chrétienne pouvait-il s'allier avec des musulmans? contre des chrétiens? Ce geste si contraire aux anciennes lois des croisades était inconcevable pour le Grand Maître de la Toison d'Or.

L'empereur Charles se sentait complètement floué. Mais il lui restait les deux fils de François. Ces deux enfants âgés de 7 et 8 ans, restèrent en otage en Espagne pendant 4 ans. Ils ne furent rendus à la France que lorsque la paix fut signée et contre une très forte rançon au moment du mariage de François Ier avec Eléonore. Lorsque les deux pays se furent mis d'accord sur la restitution des enfants de France, ceux-ci furent échangés contre 1 200 000 écus d'or! L'argent fut transporté sur une barque qui traversa le fleuve marquant la frontière entre l'Espagne et la France. La barque croisa celle des enfants qui rentraient enfin en France.

Les Espagnols mirent plus de 4 mois à compter les écus et exigèrent que plusieurs milliers d'entre eux soient remplacés sous prétexte que les pièces étaient irrégulières!

La guerre contre François Ier ne se termina pas pour autant. En 1544, Charles Quint maria son fils Philippe avec la fille du roi d'Angleterre Marie Tudor. Il passa un accord avec les Anglais qui changèrent alors de camp après avoir soutenu la France pendant des années. Grâce à l'appui des Anglais qui attaquèrent à l'Ouest pendant qu'il combattit à l'Est et au Nord, Charles Quint pénétra en France et parvint aux portes de Paris. La France dut renoncer définitivement à la Flandre et à l'Artois.
Trois ans plus tard François Ier mourut, son fils Henri continua à s'opposer à Charles Quint puis lorsque celui-ci abdiqua, à son fils Philippe.

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