CHARLES QUINT

L'abdication extraordinaire de Charles Quint.

 

Charles de Habsbourg est un homme qui est, décrit par ses contemporains, "de taille moyenne. Il a le front large, les yeux bleus et d'une expression énergique, le nez aquilin et un peu de travers, la mâchoire inférieure longue et large ce qui l'empêche de joindre les dents et qu'on n'entend pas bien la fin de ses paroles. Ses dents de devant sont peu nombreuses et cariées. Il mange et boit tant aux repas que tout le monde en manifeste de l'étonnement"...

Son immense empire allait de l'Espagne à la Hongrie et de la mer Méditerranée à la mer Baltique. A cela il fallait ajouter de vastes territoires aux Indes (Amériques). On disait de l'empire de Charles Quint que le soleil ne s'y couchait jamais ! Il était de ce fait l'homme le plus puissant et le plus riche de son époque.

Profondément croyant Charles Quint rêvait de créer comme Charlemagne avant lui, un vaste empire chrétien en Europe. Mais il lui fallait pour cela lutter à la fois contre les invasions des turcs musulmans et contre les idées protestantes émises par Luther. Celles-ci commençaient à se répandre partout en Europe. (Vous vous souviendrez que les guerres de religion qui ont eu lieu en France quelques années plus tard ont été terribles - voir le numéro sur Henri IV). Malgré des années de guerre, Charles ne réussit ni à refouler les Turcs qui parvinrent jusqu’aux portes de Vienne ni à maintenir l’unité religieuse en Europe. A ces luttes s'ajoutèrent les guerres continuelles contre l'Angleterre et contre la France qui n'hésita pas à la grande horreur de Charles Quint à s'allier avec les musulmans. Après 36 années de règne, Charles Quint alors âgé de 55 ans, se rendit compte que le grand empire chrétien de ses rêves se montrait irréalisable. Épuisé par ces luttes incessantes, Charles au summum de sa puissance, étendant son pouvoir sur le plus grand empire de tous les temps, prit une décision extraordinaire. Il décida, alors que rien ni personne ne l'obligeait à le faire, à abdiquer!

Sa soudaine décision jeta le monde dans l'effroi. Se rendant compte des difficultés extrêmes à gouverner un tel territoire, l'empereur dans sa grande sagesse partagea son empire entre son frère Ferdinand et son fils Philippe...

Toison d'Or


Le 22 octobre 1555 il fit le geste qui lui coûtait le plus. Il se sépara de l'insigne de l'ordre de la Toison d'Or et du titre suprême de Grand Maître auquel il était si attaché. Cet ordre auquel il tenait tant lui rappelait qu'il était avant tout un duc Bourguignon et un monarque chrétien. En s'en dépouillant, il se souvint sans doute avec peine qu'il n'était pas parvenu malgré tous ses efforts à reconquérir le duché de Bourgogne.
Quelques jours plus tard à Bruxelles, devant les états généraux des Pays Bas, les grands d’Espagne, les chevaliers de la Toison d'or en grand uniforme, ses ministres, ses ambassadeurs et toute la Cour, l'empereur Charles Quint habillé tout de noir fit son entrée dans la salle. Très lentement il s'avança jusqu'au trône dans un silence impressionnant; tous retenaient leur souffle. L'empereur - pourtant pas très vieux, il avait 55 ans - avait de la difficulté à marcher et s'appuyait sur l'épaule de son neveu. Derrière lui marchaient son fils Philippe et le reste de sa famille. Lorsqu'il se fut assis sur son trône et que les gens de sa suite eurent pris place, son ministre principal lut l'acte d'abdication en faveur de son fils et de son frère. Les personnes présentes furent saisies d’effroi et nul n’osa se regarder à l’annonce de cette formidable nouvelle qui surprit tout le monde. Personne ne comprenait en effet ce qui pouvait pousser l'empereur alors qu'il était relativement en bonne santé et que rien ni personne ne l'obligeait à le faire, à prendre une si grave décision.

Comment pouvait-il ainsi, sans raison apparente renoncer à son empire? Que deviendrait son empire sans lui? Son fils et son frère seraient-ils à la hauteur de leur nouvelle tâche? Les gens assemblés très inquiets, commencèrent à murmurer. C'était en effet la première fois depuis l’époque des empereurs romains qu’un empereur abdiquait sans y être forcé ni par les évènements ni par son état de santé

Alors péniblement, Charles se leva et prit le temps d'expliquer les raisons de sa décision.

Il rappela son rêve déçu de former un grand empire chrétien, les guerres incessantes contre ses voisins Français et Anglais et ses voyages sans fin à parcourir son royaume. Il les énuméra tous un par un :10 aux Pays Bas, 9 en Allemagne, 7 en Italie, 2 en Afrique... en tout 40 voyages ! ce qui était extraordinaire pour l'époque!. (Il ne faut pas oublier qu'à cette époque là les routes étaient rares, mal entretenues et dangereuses, il fallait des mois pour aller par exemple des Pays Bas en Espagne...) L'empereur complètement usé par la tâche, avait le sentiment d'avoir accompli son devoir malgré les échecs, au delà des limites de ses forces humaines. Il voulait maintenant se reposer et s'occuper du salut de son âme. C'est la raison pour laquelle il choisit de se retirer dans un monastère loin des tourbillons de la Cour en Espagne. Il termina difficilement son discours en demandant dignement pardon à son peuple "je sais que j'ai commis des fautes soit par l'inexpérience de la jeunesse, soit par la présomption de l'âge mûr, soit par les défauts inhérents à la nature humaine (...) je le regrette publiquement et je prie tous ceux que je pourrais avoir offensé de m'accorder leur pardon".

Le discours de Charles était difficilement compréhensible car sa mâchoire inférieure s’était si avancée avec l'age qu'il lui était presque impossible d'articuler correctement. L'empereur donna ce jour là à son fils Philippe la couronne des Pays Bas à laquelle il tenait particulièrement. Les autres couronnes lui seraient données un peu plus tard. On licencia sa Cour composée des 1200 personnes dont il avait quelques années plus tôt édicté minutieusement le rôle.
Charles Quint n'était officiellement plus empereur.

 

Quelques mois plus tard, le 16 janvier 1556 Charles remit à Philippe sans grande pompe et en toute simplicité les couronnes dont il avait hérité de ses grands-parents espagnols: celles de Castille, d’Aragon, de Sicile et des Indes. Philippe régnait désormais sous le nom de Philippe II sur un vaste territoire regroupant l'Espagne, une partie de l'Italie, les Indes et les Pays Bas. Puis l'empereur remit la couronne du Saint Empire Germanique qu'il avait héritée de son grand père Maximilien Ier, à son frère Ferdinand qui était déjà roi de Hongrie. 

S'étant enfin débarrassé de toutes ses marques de pouvoir, Charles Quint allait pouvoir se retirer l'esprit en paix. Enfin il pourrait consacrer son temps à la prière et à la méditation en vivant dans un monastère comme il le souhaitait tant. Il s’embarqua bientôt pour l’Espagne où se trouvait le monastère de Yuste dans lequel il avait choisi de se retirer. Il y arriva quelques mois plus tard et s'y installa avec simplicité menant la vie recluse des moines. De sa chambre il pouvait admirer un joli paysage d’orangers et de citronniers. Il passait ses journées à prier avec les moines, à cultiver son jardin et se passionna pour l’horlogerie ; il passa d'ailleurs de nombreuses heures à essayer de faire sonner toutes les pendules du monastère au même moment.

L'empereur se fit assez bien à cette vie simple après avoir vécu dans la richesse et l'opulence. Mais il ne put jamais se départir de son terrible appétit et se plaignit souvent des menus insipides du monastère. Ce à quoi un des moines cuisiniers à court d'idée pour un menu capable de satisfaire son royal hôte, proposa un jour de lui confectionner un potage à base... d'horloges... plaisanterie qui fit beaucoup rire l'empereur. Pourtant la santé de l'empereur continuait à décliner. Vieux et usé avant l'âge, sa lourde tâche l'avait complètement épuisé. Et c'est ainsi qu'en plein mois d'août il prit froid et mourut quelques jours plus tard le 21 septembre 1558. Il avait 58 ans.

 

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