CHARLES le TÉMÉRAIRE

La guerre contre les montagnards suisses.

Après le départ de son beau-frère Edouard d'Angleterre enfin réconcilié avec le roi de France, Charles se trouva sans soutien pour continuer la guerre contre Louis XI et René de Lorraine. Ne pouvant faire face à deux fronts à la fois, il signa une trêve avec Louis.
Puis ses troupes entrèrent en Lorraine et occupèrent la ville de Nancy. Avec l'annexion de la Lorraine le duc de Bourgogne assemblait les deux parties de son duché et transféra sa capitale à Nancy, désormais centre géographique de son duché. Nous sommes en l'an 1475, il ne restait à Charles que deux ans à vivre.

L'année suivante, appelé à la rescousse par ses amis les ducs de Savoie mis à mal par la rébellion de quelques tribus suisses, Charles quitta sa toute nouvelle capitale pour leur prêter main forte. Il était certain de venir à bout rapidement de ces montagnards qu'il traitait avec mépris de "gardiens de vaches" et de plus, il espérait agrandir encore son territoire à leur dépens. Tentant de l'arrêter les Suisses lui envoyèrent leurs diplomates "Vous n'avez rien a gagner contre nous, lui dirent-ils humblement, notre pays est pauvre et stérile. Il y a plus d'or dans vos éperons et les brides de vos chevaux que vous n'en trouverez dans toute la Suisse !".
Mais Charles, ne se souciait pas des parlementaires, entraînant son immense armée derrière lui, il marcha sur le petit pays. Prenant la route la plus directe, celle de Pontarlier, il fut étonnement arrêté près de Saint Sulpice par une grosse chaîne de fer fixée à deux rochers escarpés. Impossible de la sectionner ou de la contourner! L'armée de Charles dût faire demi-tour pour prendre un autre chemin. Si vous passez par là, vous trouverez certainement encore fixé à la pierre l'anneau qui naguère retenait la chaîne. Une date est encore visible, gravée sur la roche au-dessus de l'anneau: 1476.

Exaspéré et humilié par ce contretemps, Charles arriva bientôt en vue d'un petit bourg : Grandson. Sans hésiter il pénétra dans la ville et fit massacrer avec une rare violence toute la population. Ce carnage déclencha la mobilisation de toutes les tribus des montagnes outrée par de tels agissements. Unis pour la première fois de leur histoire contre un ennemi commun, les Suisses firent subir une cuisante défaite à l'invincible armée bourguignonne. Connaissant parfaitement la montagne, ils les vainquirent grâce à un curieux moyen inspiré des armées de Jules César. Ils s'armèrent de très longues lances et s'agglutinèrent en rangs si serrés et si compacts, qu'ils ressemblèrent alors à un monstrueux hérisson impossible à combattre. Ces étonnants bataillons se faisaient annoncer par de longs mugissements des cors suisses raisonnant loin dans les montagnes et les vallées. Devant de tels combattants, les Bourguignons furent forcés de reculer et de prendre la fuite en abandonnant sur place le trésor des ducs de Bourgogne. Les montagnards n'avaient jamais vu de telles richesses et n'en connaissaient pas la valeur. Ces statues d'or, d'argent et de cristal, ces joyaux, le chapeau de velours cerclé de pierreries, le sceau ducal, l'épée de parade, et le collier de la Toison d'or du duc de Bourgogne furent ramassés au hasard et entreposés pêle-mêle dans les chalets des montagnards.

Malgré cette terrible défaite et la perte inestimable de son trésor, Charles ne s'avoua pas encore vaincu. Il était néanmoins tellement dépité, qu'il jura de ne plus se couper la barbe jusqu'à ce qu'il ait revu le visage des Suisses.
Quelques mois plus tard, à la tête de son armée reconstituée il se jeta sur la petite ville de Morat sur la route de Berne. La bataille fut terriblement meurtrière dans les deux camps, les Suisses, aux cris de "Grandson!" furent sans pitié envers les Bourguignons.
Un témoin suisse raconte "Avec nos piques de dix-huit pieds (5m 40), nous les avons piqués aux reins, nous les avons embrochés comme des oies de Noël. Il y en avait qui montèrent aux arbres, nous les avons secoués comme des poires, nous les avons tués comme des corneilles. "
Cette formidable bataille est restée dans toutes les mémoires. Charles le Téméraire abasourdi par une telle défaite recula une dernière fois et abandonna le champ de bataille.

Les Suisses triomphants allaient bientôt lui emboîter le pas pour venir au secours du duc de Lorraine et l'aider à reconquérir son duché.

 

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