CHARLES le TÉMÉRAIRE

La mort de Charles le Téméraire

 

Charles le Téméraire était en bien mauvaise posture lorsque notre histoire commence.

Battu à plate couture en Suisse par ceux qu'il surnommait dédaigneusement les "gardiens de vaches", le duc de Bourgogne fut appelé en urgence à Nancy qui venait de retomber entre les mains du duc de Lorraine. Ce dernier avait profité de l'absence de Charles le Téméraire pour reprendre son bien. René de Lorraine était non seulement soutenu par Louis XI ravi s'affaiblir son ennemi mais également par les terribles Suisses.

Revenu en hâte, Charles installa son armée aux portes de Nancy et organisa le siège de la ville. Il était furieux que René osât lui "voler" sa capitale et pensait qu'il allait pouvoir la reprendre très facilement. Il ne savait pas encore que les Suisses avaient quitté leurs montagnes et étaient en route pour aider le duc de Lorraine..

La bataille décisive allait avoir lieu devant les portes de Nancy.

Ce petit matin là, le 5 janvier 1477, il gelait à pierre fendre et la neige était encore tombée pendant la nuit recouvrant toute chose de son grand manteau blanc. L'armée de Charles était très affaiblie par la terrible défaite contre la Suisse et ses généraux lui conseillèrent de reporter la bataille aux beaux jours. Mais Charles ne voulait rien entendre, très orgueilleux il entendait combattre les Lorrains quelque soit l'état de faiblesse de ses hommes. Il se prépara le visage fermé sans mot dire, enfila son armure mais lorsqu'il saisit son casque pour s'en coiffer, l'insigne qui le caractérisait se détacha et tomba sur le sol. Ses généraux qui l'aidaient à s'habiller, furent saisis d'une grande crainte... était-ce un présage ? Charles resta impassible et toujours silencieux monta sur son cheval, l'éperonna violemment et galopa à la tête de son armée.. Ses généraux à l'humeur sombre, lui emboîtèrent le pas sans se douter que c'était la dernière fois qu'ils le voyaient vivant.

Le soir de la bataille, le duc de Bourgogne était introuvable. Pourtant ses hommes l'avaient aperçu toute la journée sur son immense cheval noir Moreau, pourfendant l'ennemi. Ils l'avaient encore vu encourageant ses hommes, lorsque les Bourguignons tétanisés avaient soudain entendu le mugissement puissant des cors Suisses qui annonçaient leur arrivée. Mais dans la pagaille qui s'ensuivit, les soldats l'avaient bientôt perdu de vue. Charles était-il parvenu à s'enfuir ? Avait-il été fait prisonnier ? ou bien l'impossible s'était-il produit, était-il mort ?
Le duc René de Lorraine apprenant l'étonnante nouvelle de cette disparition voulut absolument le retrouver. Il ne fallait pas lui donner une chance de rassembler ses hommes et de continuer la guerre.
On fit interroger les prisonniers. Quelqu'un avait-il vu le duc de Bourgogne ? Non. Personne. Les Lorrains continuèrent inlassablement à questionner jusqu'à ce qu'enfin, ils trouvent un jeune page qui semblait savoir quelque chose. Le jeune garçon affirmait en effet avoir vu le duc tomber de cheval non loin d'un étang gelé.

La nuit était tombée et la neige continuait à tomber de plus belle, si bien que les Lorrains décidèrent de reporter les recherches au lendemain matin à la première heure.
Le lendemain matin donc, les Lorrains se firent conduire par le jeune homme à l'endroit où il disait avoir vu tomber le duc. Tout était blanc, des corbeaux noirs posés sur des cadavres tout juste recouverts de neige s'envolèrent à leur approche en croissant lugubrement; il faisait un froid terrible. La découverte de Moreau errant seul le long de l'étang laissait présager le pire.
La chronique de Lorraine raconte " tous les morts étaient congelés, à peine pouvait-on les reconnaître ; le page allait çà et là trouvait des gens puissants, des grands et des petits, blancs comme la neige. Il disait " parmi tous ceux que j'ai regardés je n'ai pas reconnu Monsieur mon maître" ; il cherchait encore. Il vint dans les prés de Virelay au bord de l'étang de Saint Jean. Il y avait beaucoup de morts en ce lieu : les hommes qui le suivaient retournaient les cadavres sens dessus dessous : les uns étaient sur le ventre, les autres sur le dos. Parmi ceux-ci il trouva monsieur de Bourgogne : " hélas voici mon seigneur et mon maître" dit-il en fondant en larmes.

Le pauvre Charles, le corps pris dans la glace de l'étang, était difficilement reconnaissable car des loups passés tôt ce matin là l'avaient à moitié dévoré.

Son corps fut ramené à Nancy et enterré dans la collégiale de Saint Georges.
La mort de Charles, si fort et si puissant, parut si inconcevable à ses contemporains, que nombreux furent ceux qui pensèrent qu'il était parvenu à s'échapper, et vivait retiré, solitaire, dans les montagnes.

C'est ainsi que Charles le Téméraire entra dans la légende.

 

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