Blanche de Castille

 

Deux fois Régente de France

La première régence (1226 - 1234).

Louis VIII régnait depuis à peine trois ans, lorsqu'il mourut brutalement laissant derrière lui sa jeune femme éplorée et le petit Dauphin, futur Louis IX âgé de 12 ans. Juste avant de mourir le roi avait néanmoins eu le temps confier la Régence de son royaume à sa femme jusqu'à la majorité de Louis. Blanche était tout à fait apte à prendre une telle responsabilité, c'était une femme intelligente et avisée, profondément pieuse et qui avait reçu de son père une éducation très soignée. La reine prit très au sérieux son rôle et, tout en gouvernant la France de main de maître, elle se consacra avec le plus grand soin à l'éducation de son fils, le futur Saint Louis..

Or, d'après les lois féodales, la régence et la tutelle de son fils mineur devait revenir au demi-frère de son mari Philippe le comte de Bourgogne. Ce dernier était grossier et ambitieux si bien que le légat du Pape et certains puissants barons préférèrent donner le pouvoir à Blanche respectant ainsi les dernières volontés du roi. La reine craignait beaucoup que Philippe furieux ne déclenche une révolte contre son fils pour lui contester la couronne. Aussi pour parer à ce grave danger elle fit couronner deux semaines plus tard son petit garçon. Jamais on avait vu de couronnement si rapide
Six mois à peine après le couronnement, ce que craignait tant Blanche eut lieu, les provinces de Bretagne, de Gascogne et du Poitou se révoltèrent pour faire allégeance au roi d'Angleterre Henri III. Blanche, qui n'avait pas froid aux yeux, se mit à la tête de son armée et marcha contre les rebelles. Ceux-ci stupéfaits du courage de la Régente signèrent sans tarder un traité de paix...

Enfin au mois d'avril 1234, Louis soufflant ses 21 bougies fut déclaré majeur, la régence prenait fin. Blanche laissait à son fils un royaume agrandi et pacifié dont l'autorité monarchique était renforcée.
Louis IX lui fut très reconnaissant et continua toujours à la tenir au courant des affaires du royaume et à suivre ses bons conseils pleins de sagesse.
Louis était grâce à elle parfaitement préparé à son difficile métier de roi. L'éducation qu'il avait reçue était très stricte, fondée sur une foi catholique très profonde. Il considérait qu'il était roi de par la volonté de Dieu et vivait dans une simplicité presque monacale. C'est donc tout naturellement qu'il répondit à l'appel du pape Innocent IV pour une nouvelle Croisade en Terre Sainte.

Blanche et Louis

 

La seconde régence (1248 - 1252).

Le 25 août 1248 le roi embarqua à Aigues-Mortes à la tête de 38 gros vaisseaux. Sa femme Marguerite de Provence ainsi que deux de ses frères l'accompagnaient. En partant, Louis confia sans hésiter les rênes du royaume à sa mère ainsi que la garde de ses aînés, Louis, Philippe (futur Philippe III le hardi) et Isabelle.
Comme 22 ans auparavant, Blanche accepta le poids du pouvoir et la responsabilité de l'éducation d'un futur roi. Elle allait y mettre toute son énergie, s'épuisant à la tâche. La vieille reine avait plus de 60 ans...

Pendant ce temps là, l'armée de Saint Louis débarquait à Damiette, la prenait sans trop de difficulté, et se mettait en marche vers l'Egypte pour combattre le Sultan qui contrôlait la Terre Sainte. Alors que Louis IX et les chevaliers étonnés de rencontrer si peu de resistance traversaient le détroit du Nil, les Musulmans fondirent soudainement sur eux et les firent tous prisonniers.
La Septième Croisade se soldait par un échec !.
Cette terrible nouvelle jeta la Chrétienté dans l'effroi. Le roi de France était prisonnier !
Louis était de surcroît très malade et ne fut sauvé que grâce aux soins des médecins du Sultan. Ce dernier réclama pourtant pour le libérer une rançon de 800 000 pièces d'or ainsi que la restitution de la ville de Damiette.
Blanche parvint à réunir l'énorme somme et le roi fut heureusement libéré. Elle le supplia alors de rentrer car elle avait fort à faire pour protéger la France contre la convoitise du roi Henri III d'Angleterre qui souhaitait reprendre la Normandie

Mais Louis n'avait pas fini sa tâche en Orient et refusa de rentrer. La sauvegarde de la Terre Sainte passait avant tout - même avant son propre royaume. De plus, il ne voulait pas abandonner ses compagnons restés prisonniers du Sultan d'Égypte. Il entendait établir un royaume chrétien solide qui servirait de base arrière aux Croisés. Son énergie se porta sur la Syrie dont il fortifia les villes; il y fonda un royaume chrétien finalement respecté des Musulmans.

Pendant ce temps là, Blanche gouvernait avec sagesse le royaume de France.
Cependant, au mois d'avril 1251 quelques bergers firent entendre leur voix. Ils clamaient vouloir partir aux Croisades et suivaient un curieux personnage venu de Hongrie qui se faisait appeler le Maître de Hongrie. En quelques mois le mouvement prit une ampleur inouïe. Ces Pastoureaux surgissaient de toutes les contrées de France n'hésitant pas à trucider tous ceux qui osaient mettre en doute leur foi. Ils furent bientôt soixante-mille et se dirigèrent vers Paris.
La Régente ignorant leurs méfaits fut mise au courant de leur arrivée et demanda à rencontrer le chef de ces "charmants pastoureaux". Séduite par ce qu'elle pensait être une action sainte, elle lui apporta son appui. Blanche pensait en effet que les Pastoureaux allaient aider Louis à conquérir la Terre Sainte et, que grâce à eux, le roi rentrerait plus rapidement en France. Hélas, les gentils Pastoureaux se révélèrent être de véritables brigands; ils se jetèrent bientôt sur les monastères et les églises, pillant et détruisant tout sur leur passage. Blanche se rendit compte avec horreur de sa terrible méprise et envoya ses troupes armées les arrêter. Le maître de Hongrie fut finalement tué et les Pastoureaux mis en fuite disparurent dans le nature. Le calme revint dans le royaume.

Mais cette dernière aventure avait épuisé la Régente. Elle était devenue une vieille dame fatiguée au coeur malade. Son caractère de fer restait pourtant inaltérable et elle continuait malgré le poids de la Régence à tenir de main ferme les rênes du royaume. Mais de plus en plus souvent elle éprouvait le besoin de se retirer pour se reposer dans sa chère abbaye de Maubuisson près de Paris. C'est là qu'elle s'éteignit doucement durant l'automne 1252.

La terrible nouvelle parvint quelques mois plus tard à Louis qui, anéanti de douleur, refusa de parler pendant deux jours, abîmé dans la prière.
Il ne rentra pourtant pas tout de suite, préférant mettre d'abord les affaires du royaume d'occident en ordre. Enfin en 1254, il retraversa la Méditerranée et reprit les rênes de la France.

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