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Une princesse Castillane
Vous vous souvenez sans doute que la grand-mère de Blanche, Aliénor d'Aquitaine avait autrefois été reine de France car elle avait épousé le roi Louis VII (arbre). Celui-ci l'avait répudiée après quelques années de mariage et elle avait alors épousé le roi d'Angleterre Henri Plantagenêt à qui elle apportait en dote toutes ses terres reprises à la France. Une des filles d'Aliénor et d'Henri, appelée elle aussi Aliénor épousa le roi d'Espagne Alphonse de Castille et de ce mariage naquirent dix enfants dont la petite Blanche. Le roi Alphonse donna à ses filles une éducation très soignée et très vite les Infantes acquirent une merveilleuse réputation qui dépassa les frontières de la Castille. Ces princesses étaient non seulement intelligentes et belles, profondément pieuses et cultivées, aimant les arts et lettres mais elles avaient également une autorité et une allure naturelle qui leur conférait une stature de reine. Par le mariage d'Aliénor et d'Alphonse, la Castille était devenue l'alliée de l'Angleterre. Or, l'Angleterre ne cessait de se déchirer depuis des temps immémoriaux avec la France. Les rois Philippe Auguste et Richard Coeur de Lion, fatigués de ces guerres incessantes espéraient ramener la paix en unissant leurs deux familles par les liens du mariage. Plusieurs tractations eurent lieu qui toutes échouèrent car les rois n'arrivaient pas à s'entendre. Souhaitant elle aussi ardemment la paix entre les deux royaumes, la vieille reine Aliénor d'Aquitaine, mère de Richard, proposa un jour de marier une de ses petites filles castillanes au fils du roi de France. Le jeune Louis était encore un petit enfant, mais autrefois on ne se souciait pas de ces détails. Ce qui importait était que les deux familles soient unies afin que la paix tant recherchée soit enfin signée. Mais, lorsqu'Aliénor parla de ce projet à son fils, celui-ci qui était une fois de plus furieux contre le roi de France, ne voulut rien entendre et rejeta l'idée. Quelques années plus tard, Jean sans Terre remplaça son frère Richard sur le trône d'Angleterre et une courte trêve fut signée entre les deux royaumes ennemis. Aliénor saisit l'occasion pour relancer l'idée d'un mariage entre les deux familles. Cette fois-ci, les deux rois acceptèrent et choisirent même une date pour la célébration des noces. Car c'était décidé, le futur Louis VIII épouserait une princesse castillane avant le 1er juillet 1200. Il avait à peine 12 ans. Une délégation française se mit alors en route vers la lointaine Castille pour choisir une des filles du roi Alphonse qui en avait deux à proposer. Le roi Jean, oncle de la future mariée demanda à sa mère d'accompagner la délégation. La vieille souveraine malgré son age avancé... elle avait près de 80 ans, accepta d'entreprendre ce si long voyage. Elle était enchantée à l'idée de revoir sa fille Aliénor qu'elle n'avait pas vue depuis des années et était surtout ravie de se sentir encore utile. Aliénor d'Aquitaine avait toujours été une femme de pouvoir très dynamique et elle tenait beaucoup à ramener la paix entre ces deux patries qu'elle avait également aimé. Accueillie par Alphonse de Castille, la délégation française fut séduite par cette cour si brillante. La mère et la fille s'embrassèrent longuement et Aliénor demanda à rencontrer tous ses petits enfants qu'elle ne connaissait pas. Les deux Infantes étaient encore des enfants, Blanche venait de souffler ses 12 bougies et sa sur Urraque avait 14 ans. Elles étaient toutes deux également belles et intelligentes, toutes les deux dignes de porter la couronne de France. Laquelle choisir? Doña Blanche ou Doña Urraque? Le choix était très difficile à faire. Les Français étaient éblouis par l'une et par l'autre. Aliénor soupesait l'intelligence et la beauté de ses petites-filles et avait également du mal à se décider. Finalement, après bien des hésitations, des discussions et de longues palabres, la jeune Blanche fut préférée à son aînée. Pourquoi? et bien l'on raconte que son prénom sonnait de façon bien plus douce aux oreilles des Français que celui de sa sur ... Ce difficile choix ayant été fait, Blanche fit ses adieux à ses parents et à son pays natal. Deux mois plus tard, elle prenait la route avec sa grand mère et la délégation vers sa nouvelle patrie. Elle emmenait avec elle quelques personnes de sa Cour ainsi que ses chiens préférés. Ceux-ci l'aideraient à se consoler du mal du pays qu'elle aurait probablement en France. Les Français enthousiasmés, envoyèrent une description de la future reine à Philippe et à Louis " Candide en sa candeur, blanche de coeur et de visage, annonçant par son prénom le mérite dont elle brille, elle appartient à une race royale par l'un et l'autre de ses père et mère, et s'élève encore au-dessus d'eux par la noblesse de son âme". Aliénor
et Blanche firent d'abord une halte prolongée en Aquitaine sur
les terres de la vieille souveraine. Il fut entendu que la vieille dame
emmènerait sa petite fille jusqu'à la Cour d'Angleterre
installée en Normandie et qu'elle serait auprès d'elle lors
des présentations à sa future belle famille. Mais hélas,
quelques jours après leur arrivée, Aliénor se sentit
si fatiguée qu'elle renonça à son projet et se retira
dans le monastère de Fontevrault où elle mourut quelque
temps plus tard. Blanche devait continuer seule son long voyage. Le coeur
gros de laisser sa grand mère derrière elle, mais néanmoins
heureuse à la pensée de sa merveilleuse destinée,
elle arriva au mois d'avril en vue du Château de Boutavent. C'était
là, en Normandie que son oncle Jean sans Terre tenait sa Cour...
En apprenant son arrivée, le roi Jean se porta joyeusement au devant
d'elle pour l'accueillir. De l'autre coté de la rivière
de l'Epte, qui marquait la frontière entre la France et l'Angleterre,
Philippe Auguste et Louis surveillaient également l'arrivée
de Blanche. Mais
un grave problème se souleva. Depuis que Philippe Auguste avait
répudié sa femme Ingeburge de Danemark après
quarante-huit heures de mariage seulement pour épouser Agnès
de Méran, le pape outré de ce comportement indigne,
avait jeté l'interdit sur la France. Cela signifiait que toutes
les églises du royaume étaient fermées et qu'il était
interdit de dire la messe ou de recevoir le secours d'un prêtre.
Il était par conséquent impossible de célébrer
la messe de mariage en France !
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