
Le
sac d'Orléans
"
Aignan, Aignan, ne vois tu rien venir ? "
Au
mois de Janvier 451, Attila qui avait déjà soumis
Théodose II, l'empereur romain d'Orient, décida de
s'attaquer à la Gaule.
Cela faisait plus de quatre siècles que les barbares de toutes
nationalités cherchaient à entrer en Gaule. Mais jusqu'en
406 ces peuplades n'étaient pas parvenues à forcer le puissant
"limes" du Rhin. (Ce limes était une frontière
très bien gardée par les armées romaines qui devaient
sans cesse combattre pour empêcher la marée de barbares de
passer le Rhin). Enfin, en 406, le limes céda et des centaines
de milliers de barbares envahirent la Gaule. Une de ces tribus, les Wisigoths,
se fixa dans le sud de la France ; nous retrouverons plus tard cette tribu
et leur roi Théodoric combattant aux cotés des romains
d'Aetius contre Attila.
Donc en 451, Attila pénétra en Gaule sous prétexte
de s'emparer d'Honoria, la soeur de l'empereur romain d'Occident
Valentin III. Il considérait que cette jeune femme romaine
lui revenait de droit.
L'immense armée, composée de 500 000 Huns, traversa le Rhin
non loin de la rivière de la Moselle. Nul ne pouvait l'arrêter.
Puis, suivant tout simplement les voies romaines bien tracées,
elle se dirigea vers Lutèce.
A Lutèce, la population était épouvantée,
la réputation d'Attila l'ayant déjà précédé;
Ne disait-on pas que " là où passait Attila l'herbe
ne repoussait pas ? ", n'était-il pas surnommé avec
horreur le " fléau de Dieu ? ". Les habitants terrorisés
ne
pensaient
qu'à une seule chose : fuir au plus vite. Mais déjà
Attila assiégeait Lutèce. Une jeune fille, très pieuse,
aimée et respectée de tous parvint à dissuader les
habitants de quitter la ville. Seule parmi tous, elle gardait confiance
en la Providence qui ne pouvait les abandonner. Cette jeune fille s'appelait
Geneviève; elle deviendra après sa mort, la Sainte patronne
protectrice de Paris. Geneviève exhorta les femmes de Lutèce
à jeûner, à prier et à l'accompagner en procession
; elle était certaine que les prières finiraient par l'emporter
sur la violence. De fait, Attila et ses Huns levèrent bientôt
le siège pour se rejeter avec férocité sur Orléans.
Lutèce était miraculeusement sauvée.
Au sud de la France, le général romain Aetius rencontrait
le roi des Wisigoths Théodoric pour lui demander d'apporter
toute son aide pour arrêter Attila.
Orléans
était, en ce temps là, une ville stratégique très
importante en raison d'un pont de pierre qui enjambait la Loire. Ce pont
ouvrait la voie aux routes menant vers le sud de la Gaule. Orléans
était entourée comme Lutèce d'une épaisse
muraille flanquée de nombreuses tours de guet. Attila, qui avait
été mis au courant de l'imminence d'une attaque des Romains
et des Wisigoths, avait besoin de traverser la Loire sans tarder et il
instaura un siège devant la ville. Les Orléanais, comme
les Lutéciens avant eux, étaient terrorisés.
Le
vieil évêque Aignan, en qui la population avaient
toute confiance, parvint à les calmer en promettant l'arrivée
prochaine de renforts. Une nuit, le vieil homme, âgé de 96
ans, parvint à se glisser hors de la ville, à se faufiler
sans être vu des Huns, et à se rendre jusqu'à Arles
pour presser Aetius ; les Orléanais ne pourraient tenir
très longtemps malgré leur courage et leur vaillance. Or,
si Orléans tombait, Attila pourrait sans difficulté
conquérir le sud de la Gaule. Aetius promit qu'il serait
à Orléans le 23 juin au plus tard. Fort de cette promesse,
le vieil évêque rentra à Orléans rempli d'espoir
pour organiser la résistance. Tous les matins néanmoins,
suivi de son clergé, il montait à la plus haute tour de
guet et scrutait l'horizon tourné dans la direction d'où
devait apparaître l'armée romaine. Invariablement, les habitants
lui demandaient "Aignan, Aignan, ne vois tu rien venir?"* et
tous les matins, le vieil homme redescendait tristement. Malgré
les nuits entières à prier dans la cathédrale, aucune
armée n'apparaissait à l'horizon.
Les journées s'écoulaient monotones; les Huns avaient changé
leur tactique et envoyaient désormais une pluie de flèches
meutrières sur la ville, tuant de nombreux Orléanais. La
position de ces malheureux devenait intenable.
Le temps pressait, on était le 18 juin et les habitants commençaient
à gronder en accusant Aignan de leur avoir menti. L'évèque
les suppliait d'avoir la foi et d'attendre jusqu'au 23 juin; Mais la situation
était de plus en plus tendue et nombreux étaient ceux qui
voulaient ouvrir les portes aux Huns. Aignan refusait, certain
qu'Aetius finirait par arriver.
Le 22 juin pourtant, harcelé par la population, le vieil évêque
accepta d'envisager la capitulation de la ville. Il promit d'aller voir
Attila le lendemain si Aetius n'était toujours pas
en vue. Il tâcherait alors de discuter des conditions de reddition
d'Orléans.
Le 23 donc, l'armée romaine restant invisible, les lourds ventaux
furent écartés et Attila et ses hommes pénétrèrent
dans la ville. Ils refusèrent bien sûr d'écouter le
vieil évêque et commencèrent à piller et à
massacrer les habitants.
Soudain, une des sentinelles montée sur la tour naguère
chère à Aignan, poussa un cri d'alarme : au loin
on distinguait une masse informe de cavaliers et de fantassins approchant
à grande vitesse. C'était l'armée tant attendue d'Aetius
! Le général avait tenu parole et était là,
comme prévu, le 23 juin. Les Orléanais n'avaient pas su
l'attendre
.
Les Huns furent pris au piège dans la ville. Les habitants dont
le courage était revenu avec l'arrivée d'Aetius participèrent
à la bataille. Du haut des fenêtres ils lançaient
sur les barbares tous les projectiles qu'ils pouvaient trouver. Il pleuvait
des assiettes, des chandeliers, des casseroles, des chaises, des tables
les Huns étaient traqués dans les minuscules ruelles de
la ville et massacrés sans pitié.
Attila, comprenant que ses guerriers étaient pris au piège
fit sonner la retraite pour la première fois de sa vie. Assaillis
de tout côtés les Huns tentèrent de fuir par la porte
par laquelle ils étaient entrés, puis suivant leur chef,
ils rebroussèrent chemin et se portèrent sur Sens, l'armée
romains sur leurs talons...
Pour la première fois de l'Histoire, les Huns avaient perdu une
bataille.
*
Oui, le conte de Barbe Bleue s'est en effet inspiré de cette histoire
!